"En trois clics, on a son cash" : Digit89 lance une plateforme pour réduire les délais de paiement des fournisseurs

Grâce au paiement anticipatif proposé par Digit89, qui se substitue au client, le fournisseur peut être payé en avance.

Les deux cofondateurs de Digit89 : à gauche Jean-Marc Bourg (CEO) et Mathieu Wemaere (COO).
Les deux cofondateurs de Digit89 : à gauche Jean-Marc Bourg (CEO) et Mathieu Wemaere (COO). ©Digit89

La start-up de la semaine

La start-up belge Digit89 a été fondée en octobre 2021 avec un objectif : venir en aide aux entreprises, en particulier les PME en difficulté et les jeunes pousses à forte croissance, surtout dans un contexte inflationniste post-Covid et de guerre en Ukraine. La fintech veut leur permettre d’optimiser leur besoin en fonds de roulement (BFR). Pour rappel, le BFR correspond à la somme que l'entreprise doit posséder pour payer ses charges courantes en attendant de percevoir le paiement dû par ses clients.

Le cofondateur et actuel CEO de Digit89, Jean-Marc Bourg, s'est attaqué au sujet lorsqu'il y a lui-même été confronté en tant que CFO d'un groupe informatique wallon, dans les premiers mois de l'épidémie de Covid-19. "J'ai toujours eu une affinité pour le digital, raconte le multi-entrepreneur qui a notamment cofondé la plateforme de crowdlending Look&Fin et développé la société Memnon Archiving Services rachetée par Sony en 2016. J'ai donc réfléchi à une solution numérique pour aider les entreprises à résoudre leurs problèmes de trésorerie".

Jean-Marc Bourg s'associe alors à Mathieu Wemaere, cofondateur et COO de la fintech, ex-auditeur financier chez Deloitte et spécialiste des milieux industriel et bancaire. Ensemble, ils imaginent une plateforme sur laquelle peuvent s’inscrire sans engagement et gratuitement des clients – grandes entreprises – et leurs fournisseurs qui le souhaitent – les PME ou start-up pouvant être confrontées à des problèmes de trésorerie.

Paiement par anticipation

Le développement de la plateforme et le lancement de la jeune pousse qui compte 5 collaborateurs (et prévoit d'être une quinzaine d'ici fin 2022) sont permis par une enveloppe d'un million d'euros, récoltée auprès de deux actionnaires privés (en plus des deux co-fondateurs) et de deux institutionnels : la Sogepa et Sambrinvest.

Le client inscrit sur la plateforme s’engage à fournir quotidiennement à Digit89 toutes ses informations de facturation. A part cela, pour lui, rien ne change. Il règle les factures à ses fournisseurs dans les délais classiques. Le fournisseur en revanche, a la possibilité de recevoir en avance le règlement pour le produit ou service qu’il a fourni. De quelle façon ? Grâce à un paiement anticipatif proposé pr Digit89, qui se substitue au client : Digit89 paye le fournisseur en avance, et le client règlera plus tard directement à Digit89, dans ses propres délais inchangés.

"Le fournisseur peut choisir pour quelle(s) facture(s) il souhaite être payé à l'avance par Digit89 - ou de quel montant avec une sélection de factures qui se fait automatiquement - et à quelle date, au plus tôt en 48 heures. Il est aussi possible de se faire payer systématiquement toutes les factures en avance. Un tableau permet de suivre en direct ces opérations. Finalement, grâce à ce 'reverse factoring collaboratif', en trois clics, on a son cash, explique Mathieu Wemaere. Nous effectuons ces paiements grâce à l'argent de notre partenaire privilégié, une des quatre plus grosses banques belges dont nous préférons garder le nom secret".

Commission de 0,8 % à 2 %

Sur chaque facture payée en anticipation, la start-up récupère une commission entre 0,8 % et 2 % en moyenne. Plus l'échéance de base d'une facture est éloignée dans le temps, et donc plus le délai de paiement est raccourci par Digit89, plus la commission est importante. Déterminée à être transparente, la start-up affiche bien clairement en face de chaque facture le montant potentiel du règlement anticipé (commission déduite). A noter que le fournisseur a aussi la possibilité de voir si une facture est bloquée chez un client, et donc de s'atteler à la résolution du problème sans perdre de temps.

Active depuis le 1er avril, la plateforme compte déjà 5 entreprises inscrites côté client. "Les entreprises doivent être stables financièrement et réaliser au moins 30 millions d'euros de chiffre d'affaires pour pouvoir s'inscrire, précise Jean-Marc Bourg. Ce sont des entreprises à forte notoriété ce qui diminue le risque pour nous, et ce critère représente tout de même 3 200 clients potentiels dans toute la Belgique. Les fournisseurs eux, n'ont pas de critères à remplir, puisque notre but est d'aider les PME en difficulté et les start-up à très forte croissance".

Nouvelles opportunités

Digit89 est pour l'instant actif dans les secteurs retail, pharmacie, horeca, service/consultance, industrie et hospitalier. "Notre système peut offrir de nouvelles oppotunités aux fournisseurs, poursuit le CEO. Par exemple, ils peuvent envisager de travailler avec les hôpitaux, sources de business prometteuses et régulières, mais qui ont habituellement des délais de paiement de 90 jours... En temps normal, cette lenteur peut freiner les PME, mais le problème disparaît avec Digit89".

Par ailleurs, quel avantage pour le client grande entreprise ? L'utilisation de Digit89 ne nécessite aucune modification des process de facturation et ne modifie pas le bilan, tout en déléguant une partie de la gestion comptable. De plus, cela permet au client de soutenir son réseau de founisseurs, qui sera donc logiquement en meilleure santé financière, éloignant le risque de faillites, et pourra se permettre d'être davantage innovant. Un atout en retour pour le client.

Digit89 ambitionne d'atteindre les 60 millions d'euros de factures financées sur les 12 prochains mois, et 300 millions d'euros d'ici à trois ans. "Certains acteurs existent aux Etats-Unis qui proposent une technologie de gestion des factures, mais sans la capacité de financement qui va avec ; ou l'inverse. A ma connaissance, nous sommes les seuls à proposer les deux", conclut Mathieu Wemaere.

En Belgique, le chiffre d'affaires généré par les solutions de financement de créances – commercial finance – est estimé à 85 millions d'euros, dont un peu moins de 5 % correspondant à du "reverse factoring".

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