TotalEnergies atteint presque un bénéfice net de 5 milliards au premier trimestre, malgré les dépréciations liées à la Russie

Le géant français a enregistré un résultat net ajusté de 9 milliards de dollars, mais a dû inscrire une dépréciation de 4,1 milliards de dollars d'actifs concernant notamment le projet de gaz liquéfié Arctic LNG 2, rendu incertain par les sanctions contre la Russie.

La Libre Eco avec AFP
L'entreprise, qui avait déjà enregistré en 2021 des profits jamais vus depuis au moins 15 ans, a profité ce trimestre d'une nouvelle hausse des cours de l'énergie.
L'entreprise, qui avait déjà enregistré en 2021 des profits jamais vus depuis au moins 15 ans, a profité ce trimestre d'une nouvelle hausse des cours de l'énergie. ©BELGA

Porté par la flambée des prix de l'énergie, TotalEnergies a engrangé un bénéfice net de 4,9 milliards de dollars au premier trimestre, malgré une lourde dépréciation d'actifs liée à la Russie, et s'apprête à gâter ses actionnaires avec un rachat d'actions massif.

Le géant français des hydrocarbures a dû inscrire dans ses comptes une dépréciation de 4,1 milliards de dollars d'actifs concernant notamment le projet de gaz liquéfié Arctic LNG 2, rendu incertain par les sanctions contre Moscou.

Dans le même temps, l'entreprise, qui avait déjà enregistré en 2021 des profits jamais vus depuis au moins 15 ans, a profité ce trimestre d'une nouvelle hausse des cours de l'énergie. A 9 milliards de dollars, son bénéfice net ajusté (qui sert de référence car excluant les événements exceptionnels tels que les dépréciations) a ainsi triplé par rapport au 1er trimestre 2021.

"Compte tenu de la forte génération de cash-flow et du bilan solide (...) la compagnie va racheter jusqu'à 3 milliards de dollars d'actions au premier semestre", a annoncé son PDG Patrick Pouyanné, dans un communiqué jeudi.

A la Bourse de Paris, le titre du groupe grimpait de 3,48 % à 46,70 euros à 11H40 (heure de Paris), dans un marché en hausse de 1,86 %.

La division production-exploration affiche un résultat à 5 milliards de dollars, avec une production stable mais profitant des prix élevés. Ce résultat est 2,5 fois supérieur sur un an, et en hausse de 42 % par rapport au dernier trimestre 2021.

Les activités Raffinage et chimie, à 1,12 milliard, ont plus que quadruplé leurs profits. Les ventes de gaz naturel liquéfié (GNL) sont en hausse de 34 %, "soutenues par le fort appel de GNL en Europe".

"Le rebond des prix de l'énergie constaté au second semestre 2021 s'est amplifié au premier trimestre 2022 à la suite de l'agression militaire de l'Ukraine par la Russie, avec des prix du pétrole dépassant les 100 dollars le baril et des prix du gaz en Europe et en Asie historiquement élevés", souligne Patrick Pouyanné. La flambée, entamée l'an dernier sur fond de reprise mondiale et de production limitée de certains pays, est encore alimentée par le contexte de guerre en Ukraine. Le baril de Brent de la mer du Nord valait ainsi 70,9 dollars le baril en 2021, contre 41,8 dollars l'année précédente, il est à 102,2 ce trimestre.

Stratégique Russie

La publication par TotalEnergies en février de ses profits annuels avaient suscité de fortes critiques, sur fond de hausse du coût de la vie et de campagne présidentielle. La multinationale est aussi sous pression pour son maintien en Russie, après l'invasion de l'Ukraine le 24 février.

Mercredi, elle a annoncé une dépréciation d'actifs concernant Arctic LNG 2, signalant là "un début de repli", selon les termes d'un porte-parole.

Les "nouvelles interdictions font peser des risques supplémentaires sur la capacité d'exécution du projet Arctic LNG 2", a expliqué le groupe. TotalEnergies avait déjà décidé en mars de ne plus enregistrer de réserves au titre d'Arctic LNG 2 et de ne plus apporter de capital au projet, "compte tenu des incertitudes que font peser les sanctions technologiques et financières". Mais le 8 avril, "de nouvelles sanctions ont été adoptées par les autorités européennes, interdisant l'exportation depuis l'Union européenne de biens et technologies destinés à la liquéfaction du gaz naturel".

Ce gigantesque site de production Arctic LNG 2, dont l'entreprise détient 10 %, devait réaliser sa première livraison de GNL depuis la Sibérie en 2023. TotalEnergies ne s'est pour autant pas retiré de ce pays stratégique pour lui et où il produit 16,6 % de ses hydrocarbures, et même 30 % pour le gaz seul. Le groupe est notamment actionnaire à 19,4 % du géant du gaz russe Novatek.

>> Lire aussi : TotalEnergies s’accroche à la Russie, le pari risqué du PDG Patrick Pouyanné

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