Entrepreneurs en transition #31 : Musk et la loi de Brandolini

Une chronique de Roald Sieberath, multi-entrepreneur, coach de start-up et responsable de l'Accélérateur Transition pour LeanSquare, professeur invité à l'UCLouvain et à l'UNamur.

Entrepreneurs en transition #31 : Musk et la loi de Brandolini
©D.R.
Roald Sieberath

La Libre Eco week-end |

L’homme le plus riche du monde, Elon Musk, veut racheter Twitter, et les réseaux sociaux s’enflamment. Musk est un entrepreneur avec une vision et une trempe inouïe, son succès avec Tesla ou SpaceX en est la conséquence. Pour autant, a-t-il raison sur tout ? Quand on voit l’influence que prennent les réseaux sociaux sur la vie politique, faut-il lui en confier (et à lui exclusivement) les clés ?

On rencontre beaucoup d'adeptes de la liberté de parole la plus large, qui soutiennent cette vision "sans filtre" d'un réseau social. Une fois de plus, ce sont des principes assez justes ("la liberté de parole est une bonne chose ; la censure est l'apanage des régimes totalitaires") qui, une fois poussé à leurs extrêmes, peuvent aboutir à des situations abusives.

J’ai été fan de Twitter depuis les débuts, de sa forme qui force à la concision. Et le design ouvert de la plateforme, où par défaut tout le monde voit tout de tout le monde, est une assurance d’une parole très libre. On attribue même à ces vertus d’avoir joué un rôle non négligeable dans les "printemps arabes" d’il y a 10 ans. À l’inverse, on connaît aussi le rôle des "fermes de trolls" (souvent russes) qui ont pu manipuler l’opinion en faveur de Trump, et autres extrémistes.

Comme dans bien d’autres aspects de l’économie dominante, on a vu l’avantage immédiat, mais ignoré les effets systémiques, indirects, à plus long terme. Quand c’est la petite phrase de 280 caractères qui domine, il ne reste plus de place pour la nuance ou le contexte. Chacun assène son slogan, "sa vérité" facile qui claque, qui est retweetée mille fois, qui touche des milliers de personnes en un temps éclair.

Démonter et démontrer des erreurs : voilà qui prend un temps beaucoup plus long, en vertu de la loi de Brandolini ("la quantité d'énergie nécessaire pour réfuter des idioties est supérieure d'un ordre de grandeur à celle nécessaire pour les produire"). Et, par ailleurs, des études ont montré que les fakes news ou autres rumeurs complotistes se répandent avec une vitesse et une viralité bien plus grande.

Tant que ces problèmes n'ont pas été dûment étudiés dans leurs conséquences sociologiques, philosophiques, juridiques, le risque semble grand qu'un Twitter libéré devienne aussi une usine de production massive de pollution informationnelle. On aura été prévenus.

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