Deutsche Bank : changement d'ère au conseil de surveillance après dix années turbulentes

Le président du conseil de surveillance de Deutsche Bank, Paul Achleitner, un des banquiers les plus en vue en Allemagne, passe la main jeudi au moment où le premier groupe bancaire du pays se remet d'une décennie de scandales.

La Libre Eco avec AFP
Pour succéder à M. Achleitner, le conseil de surveillance a choisi le néerlandais Alexander Wynaendts, 61 ans, ancien patron de l'assureur Aegon, que personne n'a vu venir.
Pour succéder à M. Achleitner, le conseil de surveillance a choisi le néerlandais Alexander Wynaendts, 61 ans, ancien patron de l'assureur Aegon, que personne n'a vu venir. ©BELGA

"Suis-je satisfait par rapport à ce que j'imaginais il y a dix ans ? Non, je ne le suis pas", reconnaît Paul Achleitner, premier censeur de Deutsche Bank, en poste depuis mai 2012, dans son derniers discours devant l'assemblée annuelle des actionnaires, qui se tient en mode virtuel.

L'Autrichien, âgé de 65 ans, ancien directeur financier d'Allianz, a traversé en dix ans une litanie de scandales dont l'origine remonte en grande partie à la période d'expansion débridée sous l'ère du charismatique patron suisse Josef Ackermann parti en 2012.

Bien moins impliqué au plan opérationnel que le directoire aux manettes, le surveillant Achleitner aura néanmoins essuyé les critiques lors d'assemblées houleuses sur fond de pertes abyssales du groupe et de parcours pitoyable de l'action en Bourse.

Sa tête aura été plusieurs fois demandée par des petits porteurs frustrés, en vain.

"Nous savions que nous devions changer à la suite de la crise des marchés financiers", mais sans savoir "que cela finirait par être une rénovation en profondeur et pas seulement une mise à niveau", reconnaît-il.

Des "erreurs" à la "guérison"

L'ancien banquier d'investissement passé par Goldman Sachs avoue aujourd'hui avoir "fait des erreurs."

En 2012, "l'image de soi gonflée" de l'entreprise se posant en rival des grandes adresses de Wall-Street "faisait obstacle au changement qui était si urgent", se souvient-il.

Jusqu'en 2015, de multiples démêlés judiciaires dans le monde mettront à mal le discours sur le 'changement culturel' porté par le duo aux commandes du groupe, avec l'Indo-Britannique Anshu Jain et l'Allemand Jürgen Fitschen.

M. Achleitner s'est ainsi vu reprocher d'avoir trop attendu pour ordonner le grand ménage interne, choisissant seulement en 2015 de dédier ce rôle à un profil extérieur, John Cryan, venu des finances d'UBS.

Trois exercices en perte emporteront à son tour le placide britannique, remplacé en 2018 par un produit maison, le quadragénaire Christian Sewing.

Ce dernier incarne l'ère de la "guérison", se félicite enfin M. Achleitner, avec l'abandon de pans entiers dans la banque d'investissement, ancien nid à problèmes, et un focus sur la clientèle européenne, le tout payé d'un retour des bénéfices.

"La bonne équipe de direction est à la barre et Deutsche Bank est à nouveau bien vue chez ses clients", atteste Andreas Thomae, gérant de portefeuille chez Deka Investment, dans son intervention prévue jeudi.

Pour succéder à M. Achleitner, le conseil de surveillance a choisi le néerlandais Alexander Wynaendts, 61 ans, ancien patron de l'assureur Aegon, que personne n'a vu venir. Il est "l'homme qu'il faut pour Deutsche Bank" avec pour tâche d'"accélérer le renforcement de la banque de détail et des entreprises pour compenser les creux cycliques de la banque d'investissement", conclut M. Thomae.