Pourquoi Amazon pourrait manquer d'employés aux Etats-Unis d'ici 2024

Une note interne d'Amazon a fuité dans les médias. Elle pourrait pousser le géant américain a revoir sa politique en matière d'emploi.

F.T.
Pourquoi Amazon pourrait manquer d'employés aux Etats-Unis d'ici 2024
©AFP

Amazon pourrait faire face à un nouveau défi d'ici peu : celui de trouver suffisamment d'employés pour occuper l'ensemble de ses postes à pourvoir aux Etats-Unis. Actuellement, l'entreprise est le deuxième plus gros employeur privé du pays. Fin 2021, elle totalisait plus d'un million d'employés (1 120 602, pour être exact).

Mais une note interne, dévoilée par le média Vox's Recode, indique que si l'entreprise poursuit sur sa lancée, "Amazon épuisera la main-d'œuvre disponible sur le marché américain d'ici 2024".

Le rapport ciblait plusieurs zones en particulier. Pour établir leurs calculs, les auteurs ont évalué la main-d'œuvre disponible aux alentours des différents sites d'Amazon, et non en prenant en compte l'ensemble des travailleurs disponibles aux Etats-Unis. Cela les a conduits à épingler tout particulièrement certaines régions, comme Phoenix (le rapport notait déjà un épuisement des ressources humaines pour fin 2021), ou l'Inland Empire en Californie. Dans cette dernière zone, "Amazon pourrait avoir épuisé tous les candidats potentiellement intéressés par un job dans un entrepôt d'ici la fin de l'année 2022", précisait la note interne.

Un roulement pharaonique et incessant

Parmi les facteurs amenant à cette conclusion, plusieurs sont connus et parfois communs à d'autres sociétés : un taux de chômage à des niveaux historiquement bas aux Etats-Unis, la crise sanitaire, ou encore la concurrence d'autres entreprises.

Mais le principal défi pour Amazon reste son taux de roulement pharaonique. Comme le soulignait The Guardian, avant la crise sanitaire du Covid-19,Amazon enregistrait un renouvellement de ses effectifs à hauteur de 150 % sur base annuelle. Ils étaient remplacés par de nouveaux qui, pour une bonne partie, allaient à leur tour être remplacés. Ce taux est astronomique, sachant que la moyenne pour le secteur du transport et des entrepôts est de... 49 %. Un roulement renforcé par des conditions de travail pénibles, une usure de la main-d'œuvre, une pression très forte et une rentabilité des travailleurs minutieusement contrôlée.

Cette politique était approuvée par Jeff Bezos, qui craignait que des employés présents pour une durée trop longue montrent des signes de mécontentement. Ce renouvellement permanent permettait de disposer de travailleurs frais et donc moins disposés à se plaindre de leur employeur. Mais en 2021, dans sa dernière lettre aux actionnaires en tant que CEO d'Amazon, il a semblé retourner sa veste, avançant que l'entreprise "devait faire mieux" en matière d'emploi pour ses travailleurs. L'objectif de devenir "le meilleur des employeurs sur terre" est, à cet égard, loin d'être en voie d'acquisition...

"Nous continuons d'engager"

Si Amazon a longtemps fait figure de machine à broyer les travailleurs, le constat actuel va peut-être pousser le géant du commerce en ligne à changer son fusil d'épaule. L'année 2022 a vu l'arrivée des premiers syndicats au sein de certains entrepôts, ce qui préfigure une meilleure défense des travailleurs et de leurs conditions de travail. Michael Garrigan, ancien manager d'Amazon à Phoenix, a également expliqué qu'une certaine souplesse s'était installée au niveau du contrôle des travailleurs, pour éviter le départ de trop de personnes. Évoquant une forte inquiétude entourant la pénurie de main-d'œuvre, il confiait à Vox's Recode qu'il "était presque devenu impossible pour un travailleur d'être licencié".

Du côté d'Amazon, on préfère temporiser. Une porte-parole a expliqué que de nombreuses notes circulaient en interne sur de nombreux sujets, sans forcément être utilisées pour les prises de décisions. "Elle ne représente pas la situation actuelle. Nous continuons d'engager correctement à Phoenix et ailleurs dans le pays."