Les postiers manifestent pour éviter le dumping social dans la distribution des colis

L'objectif des syndicats : uniformiser les règles du jeu dans la distribution des colis.

La Libre Eco avec Belga
Les syndicats attendent avec impatience la nouvelle loi postale pour laquelle il existe encore des dissensions au sein de la classe politique.
Les syndicats attendent avec impatience la nouvelle loi postale pour laquelle il existe encore des dissensions au sein de la classe politique. ©Jean-Luc Flémal

Plusieurs centaines de délégués des trois syndicats de bpost ont défilé mardi matin à Bruxelles jusqu'au cabinet de la ministre Petra De Sutter (Groen), en charge notamment de la Poste, pour réclamer une modification de la loi postale et la mise en place d'un terrain de jeu social (social level playing field) afin d'éviter le dumping social dans la distribution des colis. Les syndicats attendent avec impatience la nouvelle loi postale pour laquelle il existe encore des dissensions au sein de la classe politique. Une réunion est prévue mardi après-midi avec la ministre de tutelle, Mme De Sutter, afin de passer le projet de loi en revue.

"Parce que lorsque nous parlons avec le CEO de bpost, nous nous entendons dire que beaucoup de choses en dépendent. Il dit explicitement que les investissements dans les centres de tri devront être réduits si la loi postale n'est pas votée, ce qui nuirait à l'emploi et mènerait à l'externalisation des tâches. On serait alors vraiment en difficulté", pointe Luc Tegethoff du syndicat libéral flamand ACLVB.

Les syndicats se plaignent d'ailleurs de n'obtenir aucune précision du CEO de bpost Dirk Tirez quant à l'évolution des activités en Belgique. "On répond à nos questions par d'autres questions. Et si on demande des garanties, elles sont assorties de nombreuses conditions", épingle de son côté Annick Boom du syndicat chrétien flamand ACV.

Des conditions de travail décentes

Les organisations syndicales estiment que la loi sur les services postaux devrait également inclure des règles de travail équitables dans le secteur de la distribution des colis. "C'est très important pour l'ensemble du secteur. Cela aurait un impact énorme sur bpost si nous devions rivaliser avec des pratiques comme celles de PostNL. La charge de travail en serait aussi fortement affectée", relève Mme Boon. Elle souligne en outre que les syndicats revendiquent des conditions de travail décentes pour toutes et tous, surtout après des révélations dans la presse faisant état d'esclavage moderne et du travail des enfants dans le secteur.

Les syndicats exigent donc que bpost continue à collaborer avec des employés ayant un contrat permanent. À en croire Geert Cools, du syndicat socialiste flamand Acod, des discussions sont pourtant en cours entre le CEO de bpost et plusieurs consultants au sujet de futurs plans de restructuration. Lors de la précédente commission paritaire, les syndicats ont indiqué qu'ils souhaitaient des réponses concrètes d'ici le 5 juillet, et cette date est toujours d'actualité. "La paix sociale au sein de l'entreprise est profondément perturbée et les relations avec le CEO sont actuellement au plus bas", s'épanche encore M. Cools.

Les syndicats, qui s'attendaient à entre 400 et 500 manifestants, se sont dits satisfaits de la mobilisation, d'autant plus qu'aucun appel à arrêter le travail n'avait été lancé.

Réaction de la direction

Dans une réaction, Bpost a indiqué être en "pleine transformation, passant d'une entreprise de distribution du courrier à une entreprise internationale de logistique pour le commerce électronique tout en assurant les opérations postales pour tous les Belges". La société fait valoir que le modèle d'entreprise traditionnel des opérateurs postaux est mis à rude épreuve par les changements du marché et technologiques, mais aussi par les évolutions macroéconomiques et géopolitiques, telles que la guerre en Ukraine, l'explosion de l'inflation et le changement de comportement d'achat des consommateurs, peut-on lire dans un communiqué.

Bpost est dès lors amenée à se métamorphoser afin de s'assurer un avenir durable. "La direction fait tout ce qui est nécessaire pour mettre en œuvre cette stratégie et maintient ses engagements envers ses employés", assure l'entreprise. "Ces engagements se traduisent par une politique du personnel durable (et non un plan social), fondée sur un dialogue social constructif, des conditions de travail saines, une protection adéquate en cas de maladie ou d'incapacité de travail, des possibilités de développement personnel par la formation et une rémunération équitable."

L'entreprise souligne encore vouloir se développer sur un terrain socialement équitable et affronter la concurrence dans un cadre législatif clair, tout en continuant à travailler avec des emplois contractuels. La direction dit également comprendre l'inquiétude des syndicats "tant qu'il n'y a pas de clarté sur les conditions de travail équitables". Bpost affirme encore prendre les mesures nécessaires pour rétablir le dialogue social, qu'elle considère comme extrêmement important.