La position de la Turquie sur la guerre en Ukraine pourrait bientôt avoir des conséquences pour ses entreprises

Les entreprises turques ont été mises en garde contre le risque de sanctions américaines.

La Libre Eco avec AFP
Le président russe Vladimir Poutine et son homologue turc Recep Tayyip Erdogan avaient annoncé début août un accord pour renforcer la coopération énergétique et économique, à l'issue de leur rencontre à Sotchi, en Russie.
Le président russe Vladimir Poutine et son homologue turc Recep Tayyip Erdogan avaient annoncé début août un accord pour renforcer la coopération énergétique et économique, à l'issue de leur rencontre à Sotchi, en Russie. ©AFP

Le Département du Trésor a mis en garde les entreprises et institutions turques faisant du commerce avec la Russie contre le risque de sanctions américaines à leur égard, a annoncé mardi la principale organisation patronale turque Tüsiad. "Une lettre signée par le secrétaire américain adjoint au Trésor, Adewale Adeyemo, sur le risque de sanctions pour les entreprises en Turquie en lien avec les personnes et institutions visées par les sanctions contre la Russie, a été transmise à la Tüsiad", a affirmé l'organisation patronale dans un communiqué.

La lettre, datée du lundi et dont le contenu a été publié par le journal américain Wall Street Journal, met en garde les compagnies turques d'un "risque accru" pour elles face "aux tentatives de la Russie d'utiliser" la Turquie "pour échapper aux sanctions".

"Les entreprises turques ne peuvent s'attendre à faire du commerce avec les individus ou entités russes sanctionnés et maintenir des liens avec les Etats-Unis. (...) Les banques turques ne peuvent espérer avoir des liens avec les banques russes sanctionnées et conserver leurs relations avec les banques mondiales, ainsi qu'avoir accès aux dollars américains", a mis en garde le Département du Trésor dans sa lettre adressée aux deux organisations patronales turques, selon le WSJ.

La Turquie sur le fil du rasoir

Le président russe Vladimir Poutine et son homologue turc Recep Tayyip Erdogan avaient annoncé début août un accord pour renforcer la coopération énergétique et économique, à l'issue de leur rencontre à Sotchi, en Russie. Ankara avait aussi annoncé un paiement partiel en roubles du gaz russe et un élargissement du champ d'application du système russe du paiement Mir en Turquie. Selon les chiffres officiels, les exportations turques vers la Russie entre mai et juillet ont augmenté de près de 50 % par rapport à l'année dernière.

Le secrétaire adjoint américain au Trésor, Wally Adeyemo, a effectué une rare visite en juin à Ankara pour exprimer les inquiétudes de Washington sur les oligarques et les entreprises russes qui se servent des liens en Turquie pour échapper aux sanctions.

Tout en condamnant rapidement l'offensive russe, la Turquie a opté pour la neutralité entre les deux pays et ne s'est pas jointe aux sanctions occidentales contre Moscou. Les autorités turques n'ont pas pour l'instant officiellement réagi à la lettre du Département du Trésor.

Selon des analystes, renforcer la coopération avec la Russie pourrait aider l'économie turque en difficulté à l'approche des élections de 2023. Le président turc avait justifié sa politique de ne pas prendre part aux sanctions contre la Russie par la forte dépendance de la Turquie au pétrole et au gaz russe."Imposer des sanctions à la Russie nuirait plus que tout à la Turquie", avait de son côté déclaré en juin le conseiller en politique étrangère du chef de l'Etat turc, Ibrahim Kalin. "Nous avons adopté une approche claire. Les Occidentaux l'ont accepté en ce moment", avait-il ajouté.