Comment l'UE veut réparer son marché de l'électricité

Dans l'immédiat, plusieurs pistes sont sur la table pour répondre à l'urgence de l'hiver prochain.

La Libre Eco avec Belga
Comment l'UE veut réparer son marché de l'électricité
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Les Européens ont décidé de réformer leur marché de l'électricité pour rompre le lien avec les cours du gaz qui a fait flamber les factures, mais le processus s'annonce long et complexe sur fond d'intérêts divergents entre les Vingt-Sept.

Dans l'immédiat, plusieurs pistes sont sur la table pour répondre à l'urgence de l'hiver prochain.

Le marché dysfonctionne

Conçu dans les années 1990, le fonctionnement du marché européen de l'électricité n'est plus adapté et aggrave la crise actuelle.

Il prévoit que le prix de revient de la dernière source de production mobilisée pour équilibrer la demande, généralement les centrales au gaz, détermine le prix qui s'impose à tous les opérateurs.

Ce fonctionnement était vertueux quand les prix des énergies renouvelables étaient élevés et leur montée en puissance compliquée sur un réseau encore mal adapté: avec un gaz bon marché et des centrales thermiques très flexibles, le système permettait de développer les renouvelables tout en évitant les black-outs et en maintenant sous contrôle le prix final.

Mais désormais les renouvelables produisent à bas coût tandis que le gaz est hors de prix, conséquence de la guerre en Ukraine et de la baisse des livraisons russes. L'électricité a flambé : son prix pour livraison début 2023 atteignait vendredi 950 euros le MWh en Allemagne et 1.300 euros en France, contre 85 euros en moyenne un an auparavant.

Paris réclame depuis un an une réforme d'un système jugé "obsolète" qui empêche les consommateurs français de bénéficier pleinement des bas coûts du nucléaire. Même position à Madrid qui refuse de subir des prix alignés sur le gaz après avoir massivement investi dans les renouvelables.

Mais à l'automne 2021 encore, une dizaine de pays du nord de l'UE, Allemagne en tête, s'opposaient farouchement à toute réforme, craignant le remplacement d'un mécanisme de marché jusqu'ici efficace par un système administré.

Une réforme complexe

Politiquement, la crise actuelle change la donne en mettant la pression sur tous les gouvernements. Le chancelier allemand Olaf Scholz a critiqué un système qui "conduit à des prix aussi élevés".

La Commission européenne a annoncé lundi préparer "une réforme structurelle" du marché alors que les ministres de l'Energie de l'UE doivent se retrouver le 9 septembre pour une réunion d'urgence.

La réforme est désormais "sur les rails (...) On est dans un tel pic des prix que ça ouvre un espace politique", même si une réforme ne sera pas nécessairement "spontanément consensuelle", observe un diplomate européen. "La Commission devrait lancer une étude d'impact à l'automne, on peut espérer une proposition en début d'année prochaine", selon lui.

Le débat "durera plusieurs mois, voire jusqu'à deux ans en cas de propositions législatives", prédit Nicolas Berghmans, expert du centre de réflexion IDDRI.

Mais le découplage n'est pas une panacée: l'envolée des prix s'explique aussi par la réduction de la production des centrales nucléaire en France, pour des problèmes techniques, et des centrales hydroélectriques dans l'UE à cause de la sécheresse, a expliqué cet expert à l'AFP.

A moyen terme, "il faut réussir la neutralité climat, électrifier et décarboner, donc faire dépendre les prix de l'électricité du gaz est un peu stupide", estime Pascal Canfin, président de la commission Environnement au Parlement européen.

Les pistes à court terme

Pour répondre à la crise, Bruxelles étudie "une intervention d'urgence" pour faire baisser les prix de l'électricité. La Commission craint un cavalier seul des Etats membres qui remettrait en cause l'unité du marché européen.

Seuls deux pays, l'Espagne et le Portugal, ont jusqu'à présent eu le feu vert de Bruxelles pour déroger aux règles de l'UE en imposant un plafond aux prix énergétiques, en raison de leurs faibles connexions aux réseaux européens.

Prague, qui occupe la présidence tournante de l'UE, propose "un plafonnement des cours du gaz destiné à produire de l'électricité", tandis que la Belgique réclame plutôt "un blocage des prix" de l'électricité.

L'option privilégiée "est plutôt un plafonnement du prix de gros de l'électricité, donc un découplage" avec le gaz, affirme un diplomate.

Les intérêts divergent selon les mix énergétiques. Plafonner le prix de l'électricité "est beaucoup plus facile à mettre en oeuvre dans des pays qui font relativement peu appel au gaz", souligne Nicolas Berghmans.