Du marc de café dans le papier toilette, la recette originale d'une entreprise allemande face à la crise

L'avenir du papier toilette Hakle se lit-il dans le marc de café? Le fabricant allemand, asphyxié par l'envolée de ses coûts, mise notamment sur le recyclage de ce résidu alimentaire pour éviter la faillite.

AFP
Du marc de café dans le papier toilette, la recette originale d'une entreprise allemande face à la crise
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La trajectoire récente de cette PME presque centenaire donne le vertige: en 2020, elle profitait d'une ruée des consommateurs sur sa production alors que sévissait le premier confinement lié à la pandémie du Covid 19.

Mais début septembre, Hakle, l'une des principales marques allemandes de papier hygiénique, a engagé une procédure d'insolvabilité après avoir vu sa facture énergétique "décupler", explique à l'AFP sa co-dirigeante, Karen Jung.

Forte demande

Malgré le choc encaissé par l'entreprise de Düsseldorf (ouest) et ses quelque 220 salariés, Mme Jung ne se laisse pas abattre.

Recycler le marc de café dans le papier toilette est la dernière trouvaille de la PME pour réduire ses coûts, tout en agissant pour l'environnement.

"Nous voulons utiliser les fibres (du marc) pour fabriquer du papier", explique celle qui dirige avec son mari l'entreprise créée en 1928.

Les premiers rouleaux suivant ce procédé sont sortis de l'usine la semaine dernière.

L'objectif est d'atteindre entre "20 et 25%" de marc de café utilisé à la place de la cellulose provenant de la fibre de bois, matière première dont le coût a également flambé en raison de la demande de la Chine, plus gros consommateur au monde.

Cette alternative permettrait aussi d'"utiliser un quart d'arbres en moins", ajoute Mme Jung, responsable des achats et du marketing.

Hakle a déjà réussi il y a deux ans à produire du papier hygiénique à partir d'herbe cultivée en Rhénanie, en pouvant l'inclure "jusqu'à 30%" dans la pâte à papier, selon Mme Jung.

La procédure préliminaire d'insolvabilité donne un sursis de trois mois à la PME pour se retourner et présenter un plan viable de poursuite d'activité.

L'entreprise souhaite d'autant plus relever le défi qu'elle affiche "des carnets de commandes bien remplis", affirme Mme Jung.

Le solaire en appui

Si l'équation financière est soudainement devenue insoluble c'est qu'il était impossible pour Hakle d'augmenter ses prix de vente en proportion de ses hausses de coûts. Les principaux concurrents de la PME en Allemagne ne dépendent pas, pour leur part, d'un seul produit phare comme le papier toilette.

"Le coût d'un rouleau de papier toilette est lié à 80% à la pâte, l'énergie, la logistique, et ces 3 facteurs sont dictés par le marché mondial", explique Mme Jung.

Les prix sont montés jusqu'à près de 400 euros par mégawattheure pour le gaz, contre autour de 50 euros avant la crise énergétique, et jusqu'à 1.000 euros pour l'électricité. L'usine de Düsseldorf consomme quelque 100 gigawattheures par an.

Cette semaine, l'association allemande des petites et moyennes entreprises (BVMW), colonne vertébrale de la première économie européenne, a mis en garde contre une vague de faillites en raison de l'explosion des coûts de l'énergie.

Hackel a navigué ces quarante dernières années entre plusieurs propriétaires, du géant américain Kimberly-Clark à une société de capital-investissement luxembourgeoise, avant que Volker Jung ne reprenne 50% des parts en 2019 avec une nouvelle approche entrepreneuriale favorisant l'innovation.

"Après un court arrêt complet des activités (début septembre), nous devons maintenant remettre les gaz, comme dans une course de Formule 1", expose Mme Jung.

L'entreprise a déjà remplacé l'approvisionnement de gaz par du pétrole dans le cycle de production du papier. Pour l'électricité utilisée lors de la phase de transformation en rouleaux, l'objectif à terme est de couvrir la moitié des besoins avec le photovoltaïque.

Un projet lancé il y a 18 mois et qui sera poursuivi en fonction de l'issue de la procédure d'insolvabilité.