Qu'est devenu Pierre de Schaetzen, cofondateur de Billy ?

Le fondateur de la plateforme de vélos électriques partagés revient sur la "story" de Billy. Avec des sentiments mitigés. C’était Billy contre Goliath...

Avant de se relancer, Pierre de Schaetzen a pris le temps de gérer la faillite de Billy.
Avant de se relancer, Pierre de Schaetzen a pris le temps de gérer la faillite de Billy. ©Ennio Cameriere

Libre Eco week-end | Que sont-ils devenus ?

C'est dans La Jungle - un espace qu'il a créé en 2013, à Saint-Gilles, pour héberger des jeunes créatifs - que Pierre de Schaetzen nous reçoit. Cela fait juste trois mois que l'aventure Billy s'est terminée. Le hasard du calendrier a voulu qu'il accepte d'évoquer la faillite de Billy alors que la Semaine européenne de la mobilité battait son plein…

Le 17 juin, cet entrepreneur de 32 ans et son cofondateur, Guillaume Verhaeghe, adressaient un courriel aux 25 000 personnes inscrites sur la plateforme bruxelloise de vélos électriques partagés. "En réorganisation judiciaire depuis trois mois, Billy Bike n'a pas trouvé de solution pour s'en sortir. Billy, c'est fini !", écrivions-nous dans La Libre .

Comme une étape de haute montagne

Au moment d'arrêter ses activités, Billy comptait 650 vélos déployés dans quatorze communes bruxelloises. L'un des atouts de Billy était d'opérer en libre accès (free floating). Autrement dit, les utilisateurs pouvaient prendre et laisser Billy à n'importe quel endroit dans un rayon géographique déterminé. Robustes et fonctionnels, les vélos étaient géolocalisables via une application mobile, réservables et libérables avec un cadenas connecté. "En 2017, nous étions des pionniers en lançant ce concept de vélos partagés électriques en libre accès. On nous prenait pour des fous ! Il s'est avéré que notre vision était la bonne, même si d'autres en ont tiré profit", glisse Pierre de Schaetzen, dans un étrange mélange de fierté et d'amertume.

L'histoire de Billy ressemble à une étape de haute montagne sur le Tour de France qui se terminerait mal : une superbe ascension, suivie d'une descente infernale lors de laquelle le vélo, noir et bleu, n'a pu éviter la chute. "Lors des six premiers mois du Covid, on avait quintuplé notre chiffre d'affaires (favorisé par la décision d'Uber de suspendre Jump à Bruxelles, NdlR). On avait pu attirer de nouveaux investisseurs. Mais le vent a commencé à tourner à l'automne 2020 et, à partir de l'hiver, le modèle Billy s'est cassé la figure", raconte Pierre de Schaetzen. La start-up va aller de difficulté en difficulté : météo pourrie, pénurie de vélos, logistique chaotique, manque de liquidités… La start-up voit surtout débarquer, à Bruxelles, des géants de la tech sur le marché du vélo électrique en free floating (comme Bolt et Dott), "qui vont faire la même chose que nous, mais avec des moyens financiers incomparables." À partir de 2021, Billy fait face à Goliath !

Soutenue par ses 588 "actionnaires-utilisateurs", la start-up va tout faire pour rester en piste. Elle sera même à deux doigts de signer un partenariat stratégique avec InBW (province du Brabant wallon) et d’attirer un repreneur américain. Mais le deal capota à la suite d’un recours introduit par un concurrent auprès du Conseil d’État… Le coup de grâce !

La satisfaction d’avoir "ouvert" le marché

"On a probablement commis des milliers d'erreurs", tranche Pierre de Schaetzen lorsqu'on lui demande les enseignements qu'il tire de l'aventure Billy (après avoir mis un point d'honneur à clôturer la faillite "de manière la plus clean possible" sur le plan social et environnemental). La principale est sans doute d'avoir démarré avec 200 000 euros, là où il aurait fallu "dix fois plus" . "Dès 2017, on a passé notre temps à courir derrière l'argent, regrette l'ex-CEO. On n'a jamais pu jouer dans la cour des grands."

Pierre de Schaetzen exprime une double déception : d'une part, envers les Bruxellois qui avaient adopté Billy ("même si d'autres opérateurs sont venus nous remplacer") ; d'autre part, enve rs les actionnaires qui lui ont fait confiance. "Durant les cinq ans, on a reçu un soutien incroyable de nos utilisateurs et actionnaires, des pouvoirs publics, des médias… Mais ça n'a pas suffi. Dans les jours qui ont suivi l'annonce de l'arrêt de Billy, on a reçu plus de 500 messages de soutien et de remerciement. Même des concurrents nous ont remerciés d'avoir ouvert le marché !"

Trois mois plus tard, Pierre de Schaetzen commence seulement à sortir la tête de l'eau. "J'ai quand même appris deux ou trois choses en cinq ans, conclut-il avec le sourire. Mon intention est bien de me relancer. Et ce sera dans le domaine de la mobilité car il y a encore tellement de choses à faire !"