Dans les coulisses de la matinale de LN24: "Le téléspectateur ne se rend pas compte des adaptations de dernière minute"

Les studios de LN24 ont récemment été déplacés, passant du siège historique de la chaîne aux locaux d’IPM, groupe médiatique détenant La Libre Belgique, La DH, L’Avenir, Moustique ou Paris Match. Comme souvent, déménagement rime avec changements... Dans le cadre de son dossier “Dans le secret des lieux”, LaLibre.be s’est glissée dans les coulisses de la matinale de LN24.

Clémence Dascotte
Dans les coulisses de la matinale de LN24: "Le téléspectateur ne se rend pas compte des adaptations de dernière minute"
©ENNIO CAMERIERE

Le soleil est loin d'être prêt à se lever quand Catarina Letor arrive à la rédaction de LN24. La présentatrice de LN MATIN s'installe à son bureau pour continuer le travail qu'elle a entamé la veille : "Trouver les intervenants du débat de la matinale, il faut vraiment le faire à l'avance parce que le matin, à quatre heures, personne ne nous répondrait", explique-t-elle, en tapotant les touches de son clavier.

Mais préparer l'émission au préalable n'empêche pas les imprévus. "Par exemple, hier un invité m'a plantée à 21 heures. C'est toujours très agréable", affirme la présentatrice d'un air ironique avant d'ajouter : "Ça arrive mais on se débrouille toujours, on cherche d'autres intervenants ou on remplace le débat par autre chose. Il faut pouvoir s'adapter."

L'adaptation est la clé quand l'on travaille sur une émission qui commence à 6h30. C'est tout un mode de vie qu'il faut adopter : "Je fais ma nuit en deux temps. Donc je dors environs deux heures l'après-midi et trois heures la nuit. Parfois un peu plus si j'arrive à dormir tôt", explique-t-elle en se mettant au travail.

Le matin d'une émission, Catarina Letor étudie en profondeur un sujet. Elle fait partie des journalistes qui préparent peu de questions : " Il y a deux écoles, il y a des journalistes qui arrivent avec une liste de questions. Et il y a ceux qui, comme moi, étudient le thème en profondeur. Ce n'est pas juste lire l'actualité. C'est étudier des chiffres, c'est se replonger dans des sujets que tu ne connais pas forcément."

4 heures du matin, les bureaux se remplissent

Catarina Letor est assez rapidement rejointe par Nicolas, Julia, Loïc et Philippine. Chacun prend place dans l’open space dont la moitié est encore plongée dans l’obscurité. Ils ont des rôles différents mais apportent tous leur pierre à l’édifice de LN MATIN.

Nicolas Kekatos est un des quatre chroniqueurs de l'émission. C'est le seul à arriver si tôt. Responsable des chroniques d'actualité "chaude", il ne peut pas anticiper ses sujets. Alors, dès son arrivée, il discute avec Catarina et ils choisissent ensemble le thème de la chronique du jour : " Quand tu es journaliste, tu es pris dans le fil de l'actu, tu connais un peu tous les sujets en filigrane. Mais, quand j'arrive le matin et qu'on choisit le sujet de ma chronique, là je commence vraiment à pomper tous les articles sur le sujet et à approfondir", affirme-t-il avant de s'isoler pour écrire son texte et se préparer à l'exprimer oralement.

Un peu plus loin, Julia Vanderborght et Loïc Struys sont assis côte à côte. Pendant toute la matinale, ils travailleront en binôme sur les journaux télévisés de 6h30, 7h ,8h et 9h. Loïc Struys commence par écrire la "conduite" du journal. " C'est comme une partition que j'écris pour un chef d'orchestre (le réalisateur). C'est la structure du journal avec tout ce qui y sera dit et diffusé". Dès que la "partition" est prête, ils regardent ensemble les sujets qui nécessitent d'envoyer un journaliste en reportage sur le terrain, ceux qui demandent des traductions, ceux qu'il faudra illustrer avec des images d'agences de presse ou des sons… Quand tout cela a été vérifié, Julia Vanderborght s'attelle à réaliser les doublages, traductions et montages nécessaires.

Le binôme peut, en fait, être qualifié de trio puisqu'il est toujours accompagné d'un ou une journaliste. Aujourd'hui c'est Philippine Wambersie. " Le matin, un journaliste vient toujours. Soit il prend ce qu'on appelle un sujet "desk", donc il travaille sur base d'images qui sont rendues disponibles par les agences de presse. Soit il part directement sur le terrain quand il y a des grèves ou des manifestations par exemple", explique Loïc Struys. Ce matin Philippine Wambersie n'ira pas tout de suite sur le terrain. Derrière son ordinateur, elle monte le sujet du journal de 6h30.

Dans les coulisses de la matinale de LN24: "Le téléspectateur ne se rend pas compte des adaptations de dernière minute"
©Ennio Cameriere

Une heure avant le début

Plus le temps avance, plus les locaux sont occupés. Le silence et l'absence laissent place à une ambiance animée par le bruit des conversations et la nervosité de l'émission qui approche. Vers cinq heures, Martin Buxant rejoint son bureau pour préparer l'interview politique et l'édito qu'il présentera dans la matinale. Après avoir grimpé les escaliers qui trônent au milieu de la rédaction, les personnes responsables de la technique arrivent à l'étage des studios. Elles mettent l'appareil en route en allumant les machines et programmes. Ce matin, Raphael Sossa ne travaille pas en régie mais ce réalisateur-technicien est venu regarder et apprendre les nouvelles pratiques avant de se lancer le lendemain matin. "En déménageant dans ces nouveaux studios, le level est différent. Maintenant il y a plus de matériel, c'est plus compliqué à gérer. Il faut juste s'adapter." Assis sur une chaise en retrait, il observe les trois personnes de la régie : " Là-bas, à gauche, il y a Alex, il est éditeur donc il s'assure du bon déroulement de l'émission, il donne les infos et parle dans l'oreillette des collègues en plateau. Il fait l'aspect journalistique, de fond. Au milieu, c'est le réalisateur technique, Nico. Lui est responsable de tout l'aspect visuel, de la gestion. Et à droite, le technicien. Léo s'occupe du son, des micros…"

Dans les coulisses de la matinale de LN24: "Le téléspectateur ne se rend pas compte des adaptations de dernière minute"
©Ennio Cameriere


Pendant ce temps-là, Youna Marette, Philippe Deraymaeker et Bruno Wattenbergh ont rejoint Nicolas Kekatos. Ils seront tous les quatre chroniqueurs ce matin. Une fois l'étape maquillage terminée, tout le monde rejoint Catarina Letor en studio. En entrant dans la pièce, une voix provenant de la régie retentit : "On commence l'émission dans moins de dix minutes". Chacun prend sa place et la réunion de rédaction peut commencer. L'atmosphère est à la fois sérieuse et bon enfant. Après avoir passé en revue la conduite de l'émission et avoir abordé ce sur quoi il fallait être attentif, Catarina Letor rappelle aux chroniqueurs : " Si vous voulez que je vous lance sur une question ou si vous voulez une relance, une intervention, envoyez-la par WhatsApp, ça va ? Comme ça je suis au courant." À la droite des animateurs, Olivia Roks répète devant un écran. Aujourd'hui, elle présentera la météo. Jusqu'ici, elle la réalisait en étant assise en plateau mais aujourd'hui elle la fera debout pour la première fois. En un tour de main, une voix résonne à nouveau dans le studio : "On évacue le plateau s'il vous plait, on est à l'antenne dans pas longtemps". L'émission va débuter.

Dans les coulisses de la matinale de LN24: "Le téléspectateur ne se rend pas compte des adaptations de dernière minute"
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©Ennio Cameriere

3,2,1, bonne matinale !

À 6h30, la matinale commence, mais pas comme d’habitude. Du côté de la technique, le climat est un peu tendu. Avoir des nouveaux locaux signifie aussi devoir s’habituer à un autre matériel. Et, ce matin, un problème technique ne permet pas de donner l’antenne à la présentatrice avant le journal. Mais, comme souvent en télé, on s’adapte. L’équipe débute la matinale avec le bulletin d’information.

Julia Vanderborght, "desk" aujourd'hui, est en régie. Elle communique, via un micro, avec Loïc Struys qui est en plateau. Immédiatement avertie du changement, elle transmet l'information à son binôme : "Ok, Loïc, tu m'entends ? On va partir directement sur le journal, on va te faire un décompte. 5,4,3,2,1...". Les titres du journal sont lancés.

Ce matin, l'agitation des premiers jours anime la régie : "C'est un peu stressant mais c'est le tout début, on sait que ça va arriver. Ici, il y a eu un problème, on a lancé le JT directement mais je crois que, pour le téléspectateur, ça ne se voit pas trop tant que c'est propre à l'antenne. Il ne se rend pas compte des adaptations de dernière minute", affirme Julia une fois le journal terminé. Directement, le journaliste desk et le présentateur redescendent à la rédaction afin de préparer le prochain journal. Alors qu'ils quittent la régie, c'est Olivia Roks qui arrive. Elle vient de terminer sa météo et aimerait obtenir des retours sur cette première "debout" : "C'est vraiment récent pour moi. Je le fais depuis le 29 août. Auparavant, je présentais la météo assise en plateau, aujourd'hui c'est la première fois que je le fais debout devant un écran. Je suis journaliste mais en presse écrite. Je n'ai jamais fait d'audiovisuel donc j'ai dû énormément m'entraîner. Le matin, j'arrive à cinq heures et je regarde les cartes que je reçois. Vers 5h30, j'ai un appel avec un des météorologues qui se situe en Suisse. Ensuite, je vulgarise ce qu'il m'a expliqué ", confie Olivia Roks après avoir reçu un feedback de membres de la technique.

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©Ennio Cameriere
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L’arrivée des invités

Au loin, des discussions retentissent, Pierre-Yves Jeholet, ministre-Président de la Fédération Wallonie-Bruxelles, est arrivé à la rédaction. Accueilli par Martin Buxant, il sera l'invité de son interview dans le cadre de la fête de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Pour le journaliste, l'actualité prime au moment du choix des invités : "J'essaie d'y coller le plus possible. C'est aussi important d'avoir des invités exclusifs, qui ont quelque chose à dire, d'avoir un équilibre politique. Avoir l'homme ou la femme qu'il faut, le jour où il faut."

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©Ennio Cameriere
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En studio, LN MATIN continue, les chroniqueurs discutent d'une variété de thèmes. Et, après le sujet sur les 24 ans de Google, le jingle du journal de sept heures retentit. Les chroniqueurs du jour s'exfiltrent et rejoignent la longue table de la pièce centrale. Ils ont une vingtaine de minutes avant leur retour à l'antenne. Ils reviendront après l'interview de Martin Buxant, la météo et le rappel des titres. Ce temps précieux n'est pas une pause mais bien des minutes supplémentaires afin de préparer le Café Débat. Aujourd'hui, le thème est le suivant : " Faut-il autoriser la consommation de drogues dures ?" Philippe Deraymaeker sort son ordinateur pour montrer un graphique sur le sujet à l'équipe qui en discute. Soudainement, Marie Nougier, l'invitée du débat, surgit. Après un café et une rapide conversation, il est déjà temps pour les chroniqueurs de commencer le "Café Débat".

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©Ennio Cameriere

Le mouvement de va-et-vient continue ensuite pour l'équipe de chroniqueurs qui désertent à nouveau le studio pendant le journal, la météo et l'édito politique de Martin Buxant. Faire des éditos, c'est forcément prendre position et donc s'opposer et s'exposer. "C'est vrai que c'est compliqué parce que tu tapes sur quelqu'un. Mais bon, quand tout va bien, je le dis aussi. Il faut trouver un équilibre", dit-il alors que les chroniqueurs sortent à nouveau du studio afin de prendre un peu de répit et d'accueillir les invités suivants.

S’adapter à un nouveau plateau

Assis à une table,Youna Marette, Nicolas Kekatos et Philippe Deraymaeker discutent de l'impact du changement de plateau sur leur manière de présenter : "Maintenant tu dois jongler entre regarder la caméra, regarder Catarina, regarder la personne qui te fait une relance, tout en regardant de nouveau l'écran et en ayant l'air de ne pas être exclu du reste du monde et de tes amis chroniqueurs", décrit Nicolas en rigolant.

Pour les téléspectateurs, à 9h la matinale se boucle comme elle avait commencé, avec un journal. Pour l’équipe aussi, elle se termine comme elle avait débuté, par une réunion de rédaction. Si le briefing avait lieu sur le plateau, c’est autour d’une table que le débriefing prend place. Certains éléments sont à revoir pour la prochaine émission mais les chroniqueurs sont fiers de ce qu’ils ont réalisé. Les échanges sont teintés de bonne humeur et de bienveillance.

Dès le feedback terminé, c'est déjà la matinale de demain et plus particulièrement le sujet et les invités du "Café débat " qui occupent les conversations. En effet, si le soleil s'est levé il y a quelques heures à peine, pour l'équipe de LN MATIN demain semble déjà bien proche.

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©Ennio Cameriere