Raymund Trost (nouveau CEO du groupe CFE) : "Je suis un des rares germanophones belges. Ma rigueur vient de là"

Raymund Trost a pris la tête du groupe CFE, allégé de sa grosse filiale Deme.

Van Campenhout Patrick

Libre Eco week-end | Face et profil

Dans le groupe belge CFE de promotion et de construction immobilière au sens large, on a l'habitude de voir les choses en grand. Mais c'est pour d'autres raisons que CFE a choisi un nouveau CEO qui voit les choses de presque deux mètres de haut… Ce CEO est un spécialiste de l'ordre, de la simplification, de la stratégie. Détendu, visiblement en forme, pas de cravate, Raymund Trost ne cherche pas à cacher ses origines de l'est du pays. D'entrée de jeu, il se présente comme "un des rares germanophones belges." "Je suis né là-bas dans une famille d'agriculteurs et d'ouvriers, très proches de la nature." Une de ses qualités d'ailleurs est la rigueur qu'il attribue à son côté germanique. Pour faire court, Raymund Trost évoque un parcours académique un peu contrarié. "J'étais parti pour faire des études d'ingénieur et, ingénieur dans l'âme, j'ai finalement fait de l'économie", explique-t-il. Diplôme auquel il ajoutera ceux des affaires européennes et d'économétrie, à Louvain-la-Neuve. "Je suis un Européen convaincu, mon rêve était de rentrer dans les institutions européennes. Nous avons l'habitude de vivre avec deux cultures. Et dans ma région, dans ma ville natale à Saint-Vith, on était aussi extrêmement marqués par la guerre. Pratiquement toute la ville avait été rasée lors de la bataille pendant le retrait des Allemands."

Un groupe sous "Chapter 11"

Avant de se frotter à l'Europe, il va toutefois entamer sa carrière par un détour au sein de la Chambre de Commerce de Bruxelles puis par un poste d'analyste financier au département crédit de la Générale de Banque. Un des dossiers qu'il suit à l'époque est celui du groupe américain Owens Corning (fibre de verre et matériaux de construction), sous Chapter 11. "Une belle entreprise. J'ai pu visiter leur usine à Battice. Une usine magnifique, j'adorais cela". Entre-temps, Raymund Trost, qui avait réussi un concours d'entrée à la Commission, s'y voit proposer un job. Qu'il accepte après avoir hésité, trois mois plus tard. "Un mois après, je me suis rendu compte que je m'étais trompé, mal tombé sans doute…" Six mois plus tard, il abandonne la piste européenne et… il retourne chez Owens Corning où, dix-sept années durant, il va bouger, prendre du galon, partir aux États-Unis pour diriger une grosse division. Et puis, passer de la finance à l'opérationnel comme directeur d'usine, lui qui n'est pas ingénieur.

Comme un retour aux sources lié à l'évolution de sa famille, il va se retrouver à la tête de la division fiberglass d'Owens Corning, à Battice. "Comme directeur d'usine, on est responsable du fonctionnement, de la qualité. On est assez seul, et il faut prendre des décisions qui engagent. On a investi lourdement dans cette unité pour la remettre à flot en changeant les orientations stratégiques. Jusqu'à en faire un fleuron du secteur". Une stratégie qui propulse Raymund Trost à la direction européenne d'Owens Corning.

"Pas facile après 17 ans"

Quelques années plus tard, il doit gérer la fusion avec les activités fibre de verre de Saint-Gobain. Le groupe doit toutefois se séparer de… l'usine de Battice, pour répondre aux exigences européennes. Il entreprend alors un processus de reprise par le management (management buy out), mais c'est un fonds d'investissement qui finit par prendre la main. Il fallait oser le tenter. "J'ai quitté Owens Corning à ce moment. Pas facile après 17 ans…"

Il passe ensuite chez d'autres employeurs, avec chaque fois des missions de gestion stratégique, et celle d'une intégration d'une acquisition qui le conduit aux États-Unis… "Mais avec quatre enfants à la maison, j'ai pris la décision de me relocaliser ici, à la tête du groupe belge Joris Ide, leader des panneaux sandwich". Ici aussi, il simplifie, oriente la stratégie et internationalise la présence de l'entreprise. Avant de revendre l'entreprise à l'irlandais Kingspan. Après quelques mois, il est approché par CFE Contracting avec qui il avait été en contact au moment de la vente de l'usine de Battice. "On était restés en contact. J'ai accepté le challenge en 2015, dans un secteur très traditionnel avec beaucoup de personnel, avec peu de rentabilité". Une fois encore, il travaille à recentrer l'ensemble sur les activités fortes, simplifie, regroupe les activités dans des filiales responsables. Ordre et stratégie. À suivre ? L'internationalisation, évidemment.

Après la scission du groupe, avec la cotation séparée de Deme cet été, Raymund Trost se retrouve enfin à la tête d’une entité vraiment indépendante, satisfait des résultats de la scission.

Quelles sont ses principales qualités ? "La rigueur", dit-on de lui. Mais lui-même assure avant tout apporter autour de lui de l'énergie positive. "Je pense que je tiens ça de mon père", explique-t-il. "Je suis avant tout… un activateur".

En quelques dates :

1989-1992 : Premières armes de Raymund Trost dans le monde de l'entreprise en tant qu'analyste financier à la Générale de Banque.

1992-2008 : Progression chez Owens Corning jusqu'à la gestion de la partie européenne du groupe.

2015 : CEO de CFE Contracting puis de CFE (tout court).