Les leçons à tirer de l'échec de la banque éthique NewB

Libre Eco week-end | La rentabilité doit-elle toujours primer sur la durabilité ? Une chronique de Roald Sieberath, multi-entrepreneur, coach de start-up et responsable de l'Accélérateur Transition pour LeanSquare, professeur invité à l'UCLouvain et à l'UNamur.

Roald Sieberath
 L’achat de parts dans NewB n’était pas sans risque: certains investisseurs ont-ils été «aveuglés»?
La vision et les intentions de cette banque "éthique et durable" étaient bien séduisantes : davantage encore que tout autre secteur, le monde financier doit changer. ©- D.R.

L’échec de NewB, qui perd sa licence bancaire (et s’achemine vers une possible liquidation, ou, à tout le moins, une forte réduction d’activités), nous ramène son lot de leçons plutôt amères.

La vision et les intentions de cette banque "éthique et durable" étaient bien séduisantes : davantage encore que tout autre secteur, le monde financier doit changer.

Si l’on veut infléchir le système, il est impératif de changer en profondeur le logiciel qui en gère les échanges financiers. Je souscris à un tel besoin, et j’ai souscrit à des parts de NewB (mais je n’y ai pas ouvert de compte, comme trop d’autres…).

Après deux années de lancement, et d’expérimentation, on doit constater que la sauce ne prend pas, ou pas encore… Il ne s’agit pas de condamner sans nuance : une banque qui veut être vertueuse est obligée de s’astreindre à des contraintes qui ne touchent pas ses consœurs plus classiques ; le terrain concurrentiel n’est pas égal.

Ce qui, en regardant au-delà du seul exemple NewB, nous amène à des dilemmes : faut-il privilégier la rentabilité, quitte à s'éloigner de l'esprit initial, ou préserver une vertu immaculée, quitte à risquer l'échec ou la faillite ? Ainsi, nous rencontrons des entrepreneurs et des projets avec un why très fort : une envie viscérale de changer un monde qu'ils ne peuvent plus accepter.

Même si je respecte un tel attachement à la raison d’être, j’ai tendance, pour ma part, à être moins un intégriste de la durabilité à tous crins. Bien sûr que je préfère un événement où l’on boit de l’eau de ville plutôt que de l’eau en bouteille plastique, mais je ne vais pas décrédibiliser un intervenant, pris bouteille en main…

Il est très difficile de changer la machine de l’intérieur… encore davantage si l’on pense qu’il serait bon qu’elle continue à fonctionner, et rendre certains services. Ceux qui rejettent en bloc tout le système ne réalisent peut-être pas à quel point il permet que marchent des fonctions clés comme les écoles, hôpitaux, transports en commun…

Nous avons besoin d’entreprises qui avancent vers "un monde en mieux", mais pour ce faire, il est plus important qu’elles soient pérennes plutôt que parfaites.