Manifestations dans la plus grande usine d’iPhone de Chine, Foxonn confirme les violences

De grandes manifestations ont éclaté mercredi dans la plus grande usine de fabrication d’iPhone au monde, en Chine, propriété du sous-traitant taïwanais Foxconn, selon des vidéos et photos diffusées sur les réseaux sociaux Weibo et Twitter.

FILE - Workers line up to get tested for COVID-19 at the Foxconn factory in Wuhan in central China's Hubei province on Aug. 5, 2021. Employees at the world's biggest Apple iPhone factory have been beaten and detained in protests over contract disputes amid anti-virus controls, according to employees and videos posted on social media Wednesday, Nov. 23, 2022. Videos on Chinese social media that said they were filmed at the factory in the central city of Zhengzhou showed thousands of people in masks facing rows of police in white protective suits with plastic riot shields.(Chinatopix via AP, File)

Le géant taïwanais de la technologie Foxconn a confirmé mercredi des "violences" dans son usine d'iPhone de Zhengzhou, dans le centre de la Chine, la plus grande au monde.

Le groupe, qui assemble des produits électroniques pour de nombreuses marques internationales, dont Apple, souligne dans un communiqué que les travailleurs s'étaient plaints des salaires et des conditions de travail dans l'usine, mais a nié avoir hébergé de nouvelles recrues avec du personnel positif au coronavirus.

"En ce qui concerne toute violence, l'entreprise (Foxconn) continuera à communiquer avec les employés et le gouvernement (chinois) pour éviter que des incidents similaires ne se reproduisent", a déclaré le géant taïwanais de la technologie dans un communiqué.

Les manifestations ont éclaté

"Défendons nos droits !": des manifestations d’employés ont éclaté mercredi en Chine dans la plus grande usine d’iPhone au monde, propriété du sous-traitant taïwanais Foxconn, selon des images diffusées sur les réseaux sociaux Twitter et Weibo. L’usine se trouve à Zhengzhou, capitale de la province du Henan (centre). Il s’agit d’un immense site industriel, surnommé "iPhone city", qui emploie généralement quelque 200.000 personnes, dont la plupart résident sur place dans des dortoirs.

La Chine poursuit inlassablement une politique sanitaire zéro Covid, qui implique de stricts confinements, des quarantaines pour les personnes testées positives et des tests PCR quasi-quotidiens, suscitant un grogne croissante au sein de la population. Certaines catégories de personnes, notamment les étudiants et les ouvriers, sont parfois confinées de nombreuses semaines de suite dans les campus ou les sites de production, sans possibilité de se déplacer librement.

Des images interpellantes

Des images des manifestations, vérifiées par l’AFP, montrent une foule de travailleurs défilant dans une rue. Certains font face à des personnes en combinaisons blanches de protection intégrale et à la police antiémeutes.

Sur une vidéo, filmée de nuit, un homme apparaît avec le visage ensanglanté. Hors-champ, on entend un autre dire : "Ils frappent des gens, ils frappent des gens. Ont-ils une conscience ?" L’AFP a pu vérifier cette vidéo notamment grâce à la géolocalisation qui a permis de reconnaître l’un des bâtiments et des barrières près des logements d’employés sur le site de l’usine. Une autre vidéo montre des cabines de tests Covid détruites et un véhicule renversé. Sur d’autres images, on aperçoit des centaines de personnes vêtues de combinaisons blanches, debout sur une route près des dortoirs de l’usine. La personne qui filme depuis un immeuble adjacent déclare : "Ça recommence. C’est depuis la nuit dernière et jusqu’à ce matin."

"Ils chargent !"

Un autre extrait vidéo montre apparemment des agents de sécurité donnant des coups de pied à une personne qui semble être un ouvrier allongé sur une route. Et sur une vidéo diffusée en direct, de nuit, des dizaines d’ouvriers crient "Défendons nos droits !" devant des rangées de policiers et un véhicule de police aux gyrophares allumés. Puis l’auteur de la vidéo crie "ils chargent !" et "bombes lacrymogènes !".

Un extrait vidéo de la même manifestation nocturne, pris sous un autre angle, montre des travailleurs en train de déclencher des extincteurs en direction de policiers situés hors du champ de la caméra.

Sur une photo prise de jour, on voit les restes carbonisés d’un portail, apparemment brûlé durant la nuit.

Une vidéo tournée aussi de jour montre quant à elles plusieurs véhicules de pompiers et des policiers en combinaisons blanches, tandis qu’une voix dans un haut-parleur scande : "Tous les travailleurs, retournez s’il vous plaît à vos logements, ne vous associez pas à des éléments minoritaires illégaux".

Les mots clés liés aux émeutes censurés ?

Le mot-clé #EmeutesFoxconn semblait censuré mercredi après-midi sur les réseaux sociaux chinois, dont Weibo. Quelques messages faisant référence aux manifestations restaient cependant en ligne.

Ni Foxconn ni Apple n’avaient répondu mercredi dans l’immédiat à une demande de commentaire de l’AFP. Foxconn est un grand groupe qui assemble des produits électroniques pour de nombreuses marques internationales.

L’entreprise taïwanaise, principal sous-traitant d’Apple, a été confrontée ces derniers mois à une hausse des cas de Covid-19 sur son immense site de Zhengzhou.

Fuite d’employés

Foxconn avait décidé de confiner la zone, avec les ouvriers à l’intérieur. Mais des centaines de travailleurs paniqués avaient ensuite pris la fuite à pied, certains se plaignant du chaos et de la désorganisation régnant sur place.

Pour maintenir l’usine à flot, l’entreprise a offert d’importantes primes aux employés restants et tenté de recruter de nouveaux ouvriers.

Le géant américain Apple, dont l’iPhone est le produit phare, avait admis début novembre que le confinement du site avait "temporairement affecté" la production de l’usine, un coup dur avant la période de ventes des fêtes de fin d’année.

Foxconn est le plus grand employeur du secteur privé en Chine, avec plus d’un million d’employés à travers le pays dans une trentaine d’usines et d’instituts de recherche.