Des mouches dans nos assiettes ?

Avec des invendus de fruits et légumes, Wastech élève des mouches pour en faire des aliments pour les animaux.

Wastech c'est une équipe avec des profils complémentaires : ingénieur commercial, Victor Poncelet est responsable de la partie commerciale ; Victor Preat, bioingénieur, s'occupe de la recherche et développement ; Nicolas Rotsart, sorti de l'Ichec, gère la logistique et la communication ; et Benoît de Schrynmakers, ingénieur industriel, a en charge les processus technologiques.
Wastech c'est une équipe avec des profils complémentaires : ingénieur commercial, Victor Poncelet est responsable de la partie commerciale ; Victor Preat, bioingénieur, s'occupe de la recherche et développement ; Nicolas Rotsart, sorti de l'Ichec, gère la logistique et la communication ; et Benoît de Schrynmakers, ingénieur industriel, a en charge les processus technologiques.

D’un côté, on a des tonnes de "déchets" de fruits et légumes ; de l’autre, la nécessité de trouver des alternatives pour nourrir les animaux. Et entre les deux, il y a Wastech.

Il y a un an et demi, cette nouvelle start-up s'est installée sur le site des Abattoirs d'Anderlecht où, chaque semaine, près de sept tonnes de fruits et légumes sont gaspillées. "Nous revalorisons ces invendus en les utilisant comme nourriture pour des larves de mouches soldats noires qui, une fois matures, serviront de base de protéines pour nourrir les poissons, notamment. Il y a d'ailleurs une ferme d'aquaponie, la plus grande d'Europe en milieu urbain, sur le toit des abattoirs", raconte Victor Poncelet, à l'origine du projet et cofondateur de Wastech. C'est lors d'un séjour de quatre mois en Amérique du Sud que l'idée a germé. "J'avais envie de lancer un projet en lien avec le développement durable. J'avais pris avec moi pas mal d'ouvrages sur le sujet. La culture des insectes en fait partie." De retour en Belgique, il contacte ceux parmi ses amis qui semblent les plus aptes à se lancer dans ce type de projet. De quoi constituer une équipe avec des profils complémentaires : ingénieur commercial, Victor Poncelet est responsable de la partie commerciale ; Victor Preat, bioingénieur, s'occupe de la recherche et développement ; Nicolas Rotsart, sorti de l'Ichec, gère la logistique et la communication ; et Benoît de Schrynmakers, ingénieur industriel, a en charge les processus technologiques.

Les déchets là où ils se trouvent

Victor Poncelet s'est aussi fortement inspiré de ce qu'un de ses amis, François Nolet, a lancé en Argentine, avec sa ferme Procens. "Il a trois ans d'avance sur nous et nous conseille. Il travaille différemment cependant. Il a plutôt un modèle d'usine centralisée où les invendus alimentaires y sont envoyés. Toutes les parties de la production se font au même endroit." Wastech, par contre, souhaite aller chercher les déchets là où ils se trouvent. "Nous prospectons auprès de fabricants d'aliments pour animaux, de pisciculteurs, mais aussi de producteurs d'invendus alimentaires, comme les supermarchés." Le but est de placer, sur les sites où l'on trouve les invendus alimentaires, des modules compacts dans lesquels ceux-ci seraient directement déposés. "Les invendus y sont ensuite traités pour faire une sorte de "pappe" qui part dans nos bacs de culture pour nourrir les larves de mouches soldats noires. Nous viendrions sur place tous les deux jours voir si tout se passe bien, déposer de nouvelles larves et prendre celles qui sont matures (il faut compter vingt jours)." Quelque 90 % des larves seront utilisées pour produire des aliments pour animaux ; et 10 % gardés pour avoir à nouveau des mouches et relancer ainsi le cycle.

Wastech, qui a obtenu des subsides bruxellois et wallons et a fait une levée de fonds auprès de privés, en est au stade de développement. "Nous devons encore perfectionner nos process technologiques", précise Victor Poncelet, qui table sur fin 2023 pour être opérationnel. La start-up a travaillé avec un mémorant de l'UCLouvain qui a réalisé, en juin 2022, des tests gustatifs pour évaluer l'impact sur le goût des poissons nourris avec les insectes. Depuis septembre, l'équipe accueille un stagiaire étudiant ingénieur industriel pour les aspects plus techniques. Pour commercialiser son produit, la start-up devra avoir l'autorisation de l'Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (Afsca), car si les protéines produites peuvent être utilisées pour nourrir les animaux de compagnie, elles le seront aussi pour des animaux d'élevage qui finiront consommés par l'homme. "Il y a toute une check-list à suivre, à laquelle nous sommes déjà très attentifs : hygiène, traçabilité…"

Pour l'instant, Wastech envisage de vendre ses larves comme un composant alimentaire. "Les poissons, par exemple, ont besoin d'autres éléments comme des oméga 3. Dans un premier temps, nous allons donc vendre nos larves à des intermédiaires car la transformation en un aliment complet demande des investissements importants." Mais, à terme, la start-up envisage bien de faire cette transformation elle-même.