A cause de la crise du marché immobilier américain, Freddie Mac et Fannie Mae, les deux géants américains de refinancement hypothécaire, font partie des institutions les plus fragilisées. Ils détiennent ou garantissent 5 200 milliards de dollars de créances hypothécaires, soit plus de 40 pc de l'encours de crédit immobilier américain.

Plan d'urgence

En juillet dernier, les autorités américaines ont dû annoncer un plan de soutien d'urgence. Et des rumeurs ont circulé ces dernières semaines sur une possible nationalisation. Vendredi passé, les deux actions cotées à Wall Street chutaient à nouveau à cause de rumeurs affirmant que la banque Bank of China, l'une des quatre grandes banques chinoises, aurait réduit son portefeuille chez les deux groupes. De quoi relancer les craintes, si pas d'une faillite, de sérieuses difficultés à honorer leurs engagements.

Une faillite serait évidemment une très mauvaise nouvelle pour les actionnaires mais aussi pour tous les détenteurs d'obligations émises par ces deux institutions. Il y a un peu plus d'un mois, le "New York Times" affirmait, sur base de chiffres du Trésor américain datant de juin 2007, qu'environ un cinquième de ces obligations hypothécaires serait dans des mains étrangères. La Chine viendrait en tête avec 376 milliards de dollars devant le Japon (228 milliards). Il ressortait de ce classement que la Belgique se trouvait en cinquième position avec un total de 33 milliards de dollars. Un chiffre inquiétant que nous avons tenté de vérifier.

Et visiblement, les autorités financières belges ne s'expliquent pas ce montant de 33 milliards. La Commission bancaire, financière et des assurances (CBFA) a interrogé les quatre banques du pays (Fortis, KBC, Dexia et ING). Elle est arrivée à la conclusion que celles-ci détenaient des obligations émises par Fannie Mae et Freddie Mac pour moins de 4 milliards d'euros. Interrogé sur la question lors de la présentation de ses résultats semestriels la semaine dernière, Dexia avait affirmé détenir pour un montant d'un milliard tout en précisant que ces obligations étaient assorties du meilleur rating.

"Nous sommes rassurés par ce chiffre" , nous a affirmé Hein Lannoy, porte-parole à la CBFA, à propos des 4 milliards. Faut-il en déduire que les sicav, fonds de pension et autres OPC (organismes de placements collectifs) sont, eux, truffés d'obligations émises par Fannie Mae et Freddie Mac et donc de papier de qualité suspecte ? D'après les données récoltées par la Banque nationale, le montant investi serait inférieur à un milliard et un seul fonds de pension en aurait acquis.

Autre hypothèse

Un chiffre exhaustif ? Logiquement, tous les OPC belges doivent, depuis quelques années, transmettre leurs investissements à la Banque nationale de Belgique pour autant qu'ils soient assortis d'un code Isin (International Securities Identification Number) qui permet d'identifier un certain nombre de produits financiers qui se traitent sur le marché secondaire. Il n'est donc pas impossible qu'une certaine quantité de ce papier échappe au contrôle de la BNB.

Autre hypothèse émise par un expert que nous n'avons pas pu vérifier : le chiffre de 33 milliards prend peut-être en compte des titres déposés comme garantie (suite à une opération "intraday" entre deux institutions) auprès d'Euroclear, banque de droit belge spécialisée dans les activités de compensation. Auquel cas, il n'y aurait pas à proprement parler un risque pour le secteur financier belge.