Est-ce un hasard si la technologie de l'Internet sans fil, sous la forme de réseaux urbains gratuits ("wireless city networks"), est en train de prendre racine sur les campus universitaires belges ? Pas vraiment...

Dès l'arrivée de l'Internet, les universités du monde entier jouèrent un rôle crucial dans son développement et son extension auprès du grand public. C'est à nouveau le cas aujourd'hui avec, en Belgique francophone, le lancement depuis quelques mois de projets ciblés sur la communauté universitaire.

A Bruxelles, tout d'abord, le ministre régional en charge de l'Informatique, Guy Vanhengel (Open VLD), avait chargé dès 2004 le CIRB - Centre d'informatique pour la Région bruxelloise - de réaliser une étude technique et juridique relative au déploiement d'un réseau urbain sans fil en Région de Bruxelles-Capitale (baptisé "Urbizone") ainsi que de mettre en oeuvre un projet pilote sur un campus universitaire.

Ce deuxième volet de l'initiative ministérielle est devenu réalité à l'automne 2006. Depuis le 20 novembre, très précisément, le corps professoral et les étudiants du campus de la "Plaine des manoeuvres" de l'ULB et de la VUB peuvent surfer gratuitement sur Internet grâce à la technologie Wi-Fi. Ils profitent de ce fait du plus grand réseau sans fil gratuit (environ 0,5 km2) en Belgique. "A notre connaissance, il n'y a aucun autre projet belge d'une telle envergure et reposant sur la même configuration, à savoir un réseau d'initiative publique, déployé et géré sous l'autorité d'un organisme public, à savoir le CIRB, et offert gratuitement à ses utilisateurs", explique François Lambert, rédacteur Web au CIRB.

D'un coût total de 982 000 euros et constitué de 78 points d'accès, le réseau sans fil gratuit de la Plaine a connu un succès immédiat. Dix jours après l'ouverture du réseau, on recensait déjà 477 inscrits. A la fin du mois de juin, on en était à plus de 3 100 utilisateurs inscrits, avec une durée moyenne de connexion qui atteignait ce mois-là 105 minutes.

L'intention de la Région bruxelloise est de capitaliser sur cette expérience pour l'étendre. Un appel à projets a ainsi été lancé à l'intention de l'ensemble des écoles supérieures de la Région. Le programme bénéficie déjà d'un budget de 1,2 million d'euros. Et, à long terme, l'ambition est d'installer un réseau aussi vaste que possible sur le territoire bruxellois, à l'image de ce qui existe dans plusieurs villes étrangères.

A Liège, on retrouve également un projet de réseau sans fil gratuit. Mais là, c'est l'Université (ULg) elle-même qui a pris l'initiative, tout en bénéficiant dans les premiers mois d'un financement de la ministre régionale CDH Marie-Dominique Simonet (de l'ordre de 250 000 euros). "Depuis l'année dernière, nous avons installé 800 bornes Wi-Fi qui couvrent tous les bâtiments de l'université, à la fois au centre-ville et sur le campus du Sart-Tilman", explique Fernand Benedet, directeur du Service général informatique. L'ULg a mis en place un réseau non protégé (ULg Open) et un réseau sécurisé (ULg Secure). Ils sont accessibles gratuitement aux enseignants, aux étudiants et, moyennant une identification spécifique, aux visiteurs. La connexion donne accès à Internet mais également à un Intranet où les surfeurs peuvent accéder à une série de services de l'ULg (inscriptions, administration, etc.).

Le réseau liégeois, dont la couverture est toujours en cours d'optimisation (une cinquantaine de bornes supplémentaires vont être ajoutées), a connu un succès rapide depuis son lancement au printemps 2006. "Il est très fréquenté par les étudiants, davantage mobiles que le corps professoral. Sur environ 15 000 étudiants, nous en sommes à plus de 1 000 connexions différentes par jour", détaille Fernand Benedet. Dont coût de l'infrastructure pour l'ULg : entre 200 000 et 400 000 euros. On notera aussi l'intégration de l'ULg dans l'initiative européenne "Edurom" qui permet aux étudiants et enseignants de passer d'une université à l'autre avec le même code d'accès aux réseaux sans fil.

Autre initiative en terres wallonnes : celle créée au départ de Namur par l'Agence wallonne des télécommunications (AWT). Organisme d'intérêt public de promotion et de "veille" en matière de nouvelles technologies de l'information, l'AWT a adopté une démarche bien spécifique en s'insérant dans la communauté "FON". Il s'agit d'un réseau Wi-Fi dit participatif né au départ de Madrid. "Le principe en est assez simple. Pour avoir un accès gratuit au réseau, il faut accepter de partager avec les autres adhérents sa propre connexion FON. C'est donc un système de win-win. Il y a déjà, à travers le monde, plus de 350 000 points d'accès au réseau", expose Carmello Zaccone, ingénieur en télécoms et réseaux à l'AWT.

Le seul investissement à consentir par les "foneros" est d'avoir une connexion personnelle à Internet (ADSL, par exemple) et de se munir d'une "fonera" (routeur).

"Nous avons installé une borne FON en face des bâtiments de l'AWT à Namur, poursuit M.Zaccone, ce qui permet à tout un chacun de se connecter au réseau et d'accéder à des informations de l'Agence". A terme, l'ingénieur imagine le financement par les pouvoirs publics de bornes FON - installées prioritairement en zones urbaines eu égard aux spécificités techniques du Wi-Fi - qui permettraient, à ces mêmes pouvoirs, d'offrir au public de multiples services en ligne (informations touristiques, règlements divers, etc.).

On épinglera, enfin, le projet en cours d'étude à la Sofico (qui gère le réseau wallon de fibre optique). "L'idée serait d'installer des bornes Wi-Fi sur les aires autoroutières de stationnement. Un projet pilote est en cours de réalisation à Wanlin. En cas d'évaluation positive, on pourrait étendre l'expérience", nous a-t-on expliqué au cabinet de Marie-Dominique Simonet.