Fidèle à son style, Jo Cornu n’y est pas allé de main morte ce week-end. Interrogé par la RTBF, le CEO de la SNCB a déploré une fraude massive au système des compensations qui permet d’indemniser des voyageurs victimes de retards. Ces déclarations alimentent la polémique sur ce système que sa ministre de tutelle a décidé de réformer. On y reviendra. En attendant, un témoignage aussi anonyme qu’édifiant est parvenu à "La Libre". Un voyageur y assume pleinement son statut de fraudeur et y explique en détail sa façon de se faire rembourser des trajets qu’il n’a même pas effectués.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, petit rappel de la règle. Actuellement, un retard de 60 minutes ou plus donne droit à un remboursement total du titre de transport. Un minimum de 20 retards de 15 minutes enregistré en six mois donne droit à une compensation de 25 % du prix du trajet. Le taux passe à 50 % pour 10 retards de 30 minutes au cours de la même période de six mois. Pour obtenir ces compensations, il suffit de remplir un formulaire et de fournir l’original du ticket acheté. Cette preuve matérielle n’existe évidemment pas pour les abonnés. Et c’est ici que la fraude intervient.

"Il existe des sites web qui recensent les trains de la SNCB qui ont du retard, on nous signale combien de temps de retard a chaque train et on nous aide à remplir le formulaire, témoigne le fraudeur. Chaque navetteur est censé sélectionner dans la liste les trains dans lesquels il a voyagé et qui avaient du retard. Je déclare avoir voyagé dans n’importe quel train qui avait du retard, même si je n’étais pas dans ce train. Quand plusieurs trains ont du retard, je choisis celui qui avait le plus de retard (l’indemnisation est plus élevée). Je fais tout de même attention : je ne déclare pas plus d’un aller-retour par jour de travail, uniquement sur le trajet que j’emprunte pour me rendre au boulot et si mon abonnement a été contrôlé dans le train, je ne déclare pas de retard pour ce trajet-là. J’imagine que la SNCB pourrait se servir des données des contrôles pour vérifier si oui ou non j’étais bien dans un train que je déclare avoir pris."

Le voyageur justifie ces agissements par le temps perdu sur le rail, la complexité du processus, le fait d’être remboursé sur un "portefeuille électronique" permettant d’acheter d’autres produits SNCB.

Galant patine

Sa recette relativement simple est confirmée par le service communication de la SNCB. "Il est très difficile de détecter ce type de fraude", y explique-t-on. Le service clientèle s’occupe d’effectuer le contrôle des formulaires envoyés par les voyageurs retardés. On vérifie la réalité et l’ampleur du retard, qu’une compensation ne soit pas accordée pour deux trajets dans deux trains différents aux mêmes heures par exemple. Des changement brusques de destination peuvent mettre la puce à l’oreille aux contrôleurs mais des fraudeurs passent les mailles du filet.

Ce week-end, Jo Cornu a indiqué que le système coûtait 3 millions d’euros à la SNCB chaque année, dont la moitié payent des frais administratifs. La ministre de la Mobilité, Jacqueline Galant (MR), avait projeté de modifier le système, notamment en supprimant les remboursements pour des retards inférieurs à 30 minutes. Ce projet ne passe pas au gouvernement. Le CD&V s’y oppose et le Premier ministre lui-même ne serait pas chaud à l’idée de porter une mesure impopulaire telle que celle-là. Un retour de la limite des 15 minutes pourrait intervenir.