A la source de la crise du "subprime"

A la source de la crise du "subprime"
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P.V.C.

Publié le à - Mis à jour le à

Les marchés financiers sont secoués depuis bientôt un an par une crise majeure. Un économiste belge assurait il y a peu dans nos colonnes que l'on "parlerait encore dans trente ans de la crise du "subprime"... Y a-t-il, à la base de cette crise, des outils nouveaux aux risques mal estimés ? Il y a près d'un an, avertissant le public belge des risques liés aux montages "subprime" aux Etats-Unis, Peter Praet, une des têtes pensantes de la Banque nationale de Belgique et un des artisans de la politique monétaire européenne, avait mis en garde contre "les montages basés sur des modèles dont on ne connaît pas encore la résistance au stress !" Les modèles en question ont pour nom "titrisation", "ABS" pour "Assed Back Securities", ou encore "CDO", pour "Collateral Debt Obligations", etc.

Rien de neuf ici. Les pros de la finance jonglent depuis longtemps avec ces appellations barbares. Pour Alexandre De Groote, un spécialiste belge de l'intermédiation obligataire (Petercam Institutional Bonds), "il s'agit d'instruments principalement "fabriqués" aux Etats-Unis. Et qui se traitent couramment entre les institutionnels". En effet, s'il y a un marché, c'est qu'il y a... une demande. Elle provient surtout de gros opérateurs financiers, comme les fonds de placement qui sont à la recherche de produits à haute rentabilité, surtout en période de faiblesse des taux d'intérêt. C'est à leur intention que les banques ont mis en place des "paquets" de crédits hypothécaires américains de qualité médiocre, pour les céder ensuite sous forme de produits d'investissements, par le biais de la titrisation. En regroupant de tels crédits appelés "subprime mortgage" dans une structure servant de garantie à une émission d'obligations (MBS ou Mortgage Backed Securities) offrant un taux supérieur aux obligations de première qualité, les opérateurs américains ont réalisé des marges intéressantes sur de très gros montants. Dans une opération de ce type, le banquier récupère l'argent prêté à ses clients, et transfère le risque de ces milliers de prêts à l'acheteur de l'obligation. Mais si un autre opérateur décide de procéder à une nouvelle transformation de ces obligations en isolant dans ces MBS différentes catégories de risque, il peut créer un deuxième niveau d'obligations adossées à une tranche de MBS. On parle alors d'"ABS" pour "Asset Backed Securities" (adossées à des produits financiers, prêts auto ou cartes de crédit, etc.) Ici, le niveau de risque est évidemment différent, mais il est possible de le rehausser en ajoutant dans l'ABS une dose de papier de première qualité, ou de faire appel à un assureur spécialisé dans la couverture d'émissions obligataires, que l'on appelle les "monoliners". En regroupant des ABS et en effectuant un nouveau tri, on peut alors créer des "CDO", pour "Collateral Debt Obligations". Tout cela au départ de simples emprunts hypothécaires... couverts par les maisons des emprunteurs.

Et la crise ? "Elle est née d'une part de la déprime du marché immobilier américain, puis a été amplifiée par la forte remontée des taux en 2007 aux Etats-Unis", explique encore Alexandre De Groote. Dans cet environnement, on s'est alors interrogé sur le contenu et la qualité de ces produits, avant de les liquider en masse dans un marché vide d'acheteurs. Avec, à la clé, une super-crise financière.

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