Le drame qui frappe aujourd'hui le site de production VW à Forest est le plus important que l'industrie automobile belge ait connu. La suppression de 4 000 emplois, c'est du jamais vu dans un secteur présenté comme un fleuron de l'économie nationale. Mais à deux reprises, on a vécu des restructurations d'une ampleur comparable.

Le premier coup de tonnerre a lieu en février 1997 lorsque Renault prend la décision de fermer son site de production à Vilvorde. Un drame. Quelque 3 125 travailleurs sont employés par le constructeur français à Vilvorde. La réaction du personnel est à la mesure de la décision : détonante. Pendant un mois, ils mobilisent le monde du travail, secouent les milieux politiques. Les syndicats de l'entreprise obtiennent de leurs homologues français et espagnols l'organisation d'un arrêt de travail dans chacun des sites de production de Renault. C'est la première eurogrève jamais mise sur pied.

Cette pression sans précédent ne parvient pas à dissuader le PDG de Renault à l'époque, Louis Schweitzer, d'appliquer sa décision. Mais au moins, elle le force à maintenir 400 travailleurs parmi les plus anciens sur le site de Vilvorde et de libérer, pour les autres, une enveloppe conséquente destinée à financer le plan social.

Les primes de départ, liées à l'ancienneté, sont acceptables. Par ailleurs, l'entreprise française subsidie une cellule pour l'emploi qui a travaillé en bonne intelligence avec les syndicats et le VDAB, l'organisme régional flamand de placement durant deux ans. Au terme de son action, il ne restait plus que 150 travailleurs sans emploi. "Dans leur malchance, les travailleurs du secteur automobile ont au moins un atout : c'est d'être des ouvriers en général très qualifiés dont le profil est recherché dans de nombreuses entreprises, explique un permanent CSC, actif à l'époque. Je me souviens que des offres d'emploi ont afflué dès l'annonce de la fermeture." Une remarque qui ne vaut, hélas, pas forcément pour les sous-traitants, plus nombreux encore, qui n'ont pas bénéficié de tous les outils de reconversion.

80 pc de reconversion

Le deuxième gros coup de grisou dans le secteur automobile belge se rapproche davantage du sort réservé aujourd'hui à Volkswagen-Forest. Il concerne le site de production Ford à Genk.

Le 1er octobre 2003, le constructeur automobile américain Ford annonce que la Focus ne sera plus produite sur le site de Genk. Cela représente la perte de 2 984 emplois sur les 8 300 que compte l'entreprise. Un nouveau choc terrible.

Les syndicats ne vont pas négocier tout de suite un plan social. Les premières actions qu'ils mènent n'ont qu'un objectif : assurer un avenir économique à l'entreprise. Et cela porte. A la mi-novembre, les travailleurs de Ford obtiennent la garantie que 3 nouveaux modèles seront produits à Genk : la nouvelle Galaxy, la nouvelle Mondeo et la S-Max. Ce n'est qu'après avoir eu cette assurance qu'ils négocient un plan social. Tout d'abord, ils obtiennent, comme pour Renault-Vilvorde, la possibilité de prendre sa prépension à partir de 50 ans. Très précisément, 968 travailleurs bénéficieront de la mesure. Par ailleurs, 1 500 personnes s'inscrivent à la cellule d'emploi qui est mise en place. Avec de bons résultats. Selon Théo Van Gompel, permanent CSC, "80 pc d'entre eux ont aujourd'hui trouvé un emploi".

© La Libre Belgique 2006