ABN Amro : Fortis & Cie tout près du but

Entreprises & Start-up

Ariane van Caloen

Publié le - Mis à jour le

La saga ABN Amro touche à sa fin. La banque néerlandaise fait, on le sait, l'objet de deux offres, l'une lancée par Barclays et l'autre par un consortium composé de Fortis, Royal Bank of Scotland (RBS) et Santander. La première s'est terminée hier et la deuxième s'achève ce vendredi. Alors que les résultats seront publiés dans les prochains jours, il ne fait pas de doute que c'est le consortium qui va l'emporter. Cette saga marquera un tournant dans l'histoire bancaire. Voyons pourquoi.

Pourquoi ABN Amro est devenue une proie ?

Tout a commencé avec l'offensive lancée par le fonds d'investissement anglo-saxon TCI. Ce dernier, actionnaire pour un peu plus d'un pour cent d'ABN Amro, écrit, en février, au management pour remettre en cause sa gestion. Il évoque la piste d'une scission de la banque. Voilà l'exemple type du rôle d'actionnaire activiste que jouent certains investisseurs institutionnels.

Acculé à revoir sa stratégie, le patron d'ABN Amro, Rijkman Groenink, approche la banque britannique Barclays. Fin mars 2007, Barclays et ABN Amro annoncent qu'ils sont d'accord dans les grandes lignes sur un rapprochement. En avril, le consortium - composé de Royal Bank of Scotland, l'espagnol Santander et Fortis - marque son intérêt pour ABN Amro.

La démarche est doublement inédite. D'une part, trois grands noms de la finance se retrouvent liés à l'instigation de la banque d'affaires Merrill Lynch. D'autre part, ils vont faire ce qui était jusque-là l'apanage des fonds en private equity : ils veulent dépecer ABN Amro. RBS vise certaines filiales d'ABN, notamment aux Etats-Unis, et "l'investment banking". Santander s'intéresse aux filiales en Amérique latine et en Italie. Enfin, Fortis vise les activités aux Pays-Bas, le "private banking" et l'"asset management".

Fin avril, Barclays se dit prête à lancer une offre (en grande partie en actions) qui valorise ABN Amro à 67 milliards (ce qui correspondait à l'époque à 36,25 € par action).

Quelques semaines plus tard, le consortium propose de lancer une offre sur ABN Amro à un prix de 38,40 € (dont près de 80 pc en cash), soit un montant de 71 milliards d'euros. Un montant jamais atteint pour un rachat bancaire.

Pourquoi Fortis se lance dans cette aventure ?

Il ne fait aucun doute que le groupe présidé par Maurice Lippens veut atteindre une plus grande taille. Il l'a montré en faisant des avances au groupe franco-belge Dexia il y a plusieurs années. Pourquoi cette course à la taille ? Certains diront qu'elle est d'abord défensive : Fortis, qui ne compte aucun actionnaire de référence (contrairement à KBC et Dexia) préfère avoir le rôle de prédateur que celui de proie. Après l'augmentation de capital (de 13,2 milliards d'euros) qui doit financer en partie la participation de Fortis dans le rachat d'ABN, le groupe belgo-néerlandais aura une capitalisation boursière tournant autour de 44 milliards d'euros. Il reste toutefois loin des 71 milliards d'ING ou les 76 milliards de BNP...

Une bonne affaire pour Fortis ?

Le groupe doit débourser 24 milliards pour les actifs visés. Un montant énorme (plus de la moitié de sa capitalisation boursière au moment de l'annonce de l'offre). Dès le départ, il avait annoncé vouloir se financer notamment via une augmentation de capital qui serait la plus importante augmentation de capital de l'histoire boursière en Europe si l'on excepte celle de France Telecom en 2003 (15,3 milliards d'euros). Fin mai, quand l'offre a été annoncée, le cours de Fortis tournait autour des 30 euros. Depuis, il n'a cessé de dégringoler. En cause, la crise du "subprime" et la perspective de cet énorme appel de fonds. En clair, Fortis doit émettre beaucoup plus d'actions que prévu (près de 900 millions) pour arriver aux 13 milliards visés. Autre conséquence : le groupe a dû revoir à la baisse la progression du bénéfice par action. De 4,3 pc, elle est revenue à 2,7 pc à l'horizon 2010. Un chiffre jugé encore ambitieux par de nombreux analystes.

© La Libre Belgique 2007

A lire également

Libre ECO

Immobilier pour vous