Maintenant ça y est : la bataille est officiellement lancée pour le rachat de la banque néerlandaise ABN Amro. Le consortium formé par le Britannique Royal Bank of Scotland (RBS), le Belgo-néerlandais Fortis et l'Espagnol Santander est passé à l'attaque en annonçant une offre sur ABN Amro qui la valorise à 71,1 milliards d'euros. Si cela se concrétise, ce sera un montant record en terme d'acquisition bancaire. Du jamais vu aussi en matière de financement. Le trio concurrence ainsi Barclays qui, il y a quelques semaines, a proposé de racheter ABN Amro pour environ 63 milliards d'euros.

Dans un style très sobre, les patrons des trois banques ont présenté les conditions de l'opération hier à Londres d'abord devant les analystes financiers, ensuite devant les journalistes du monde entier. Ces conditions correspondent dans les grandes lignes aux indications données ces dernières semaines. Le prix proposé est de 38,40 € par action ABN Amro dont 79 pc en cash. Soit une prime de 13,7 pc par rapport à l'offre de Barclays qui, elle, doit se faire sous forme d'échange d'actions. Une différence majeure pour les investisseurs.

Le rachat doit se faire via le véhicule RFS Holdings financé par les trois institutions. Royal Bank of Scotland intervient à concurrence de 27,2 milliards d'euros, soit 38,3 pc du total. Elle vise notamment la Banque LaSalle aux Etats-Unis et les activités de banque d'investissement. Vient ensuite Fortis, prêt à débourser 24 milliards d'euros (33,8 pc) pour racheter les activités néerlandaises d'ABN Amro et ses activités de banque privée et de gestion d'actifs partout dans le monde. Quant au groupe Santander, il reprendrait notamment Banco Real en Amérique du Sud et la filiale italienne Antonveneta. Le tout pour 19,9 milliards d'euros (27,9 pc).

Le consortium a toutefois mis des conditions à son offre. Celles-ci concernent essentiellement la vente de LaSalle à la Bank of America que les hauts dirigeants d'ABN Amro avaient précipitée (sans consulter les actionnaires), il y a quelques semaines, pour favoriser l'offre de Barclays et donc, diront certains, sauver leur job. La proposition ne sera valable que si la Cour Suprême néerlandaise entérine la décision préliminaire de la Chambre néerlandaise des entreprises selon laquelle la conclusion de l'accord avec Bank of America doit être approuvée par les actionnaires d'ABN Amro réunis en assemblée générale extraordinaire à la majorité requise. Dans ces circonstances, la proposition d'offre sera donc conditionnée au rejet, par les actionnaires d'ABN Amro, de l'accord avec Bank of America, lors de cette même assemblée. Pour de nombreux analystes, l'opération ne devrait donc pas se concrétiser avant le mois d'août. L'offre prévoit aussi de différer le paiement d'un euro en fonction de l'issue du dossier LaSalle et notamment d'éventuels arrangements juridiques avec Bank of America.

Économies de coûts

Le communiqué conjoint explique également que les économies de coûts sont évaluées à 4,23 milliards d'euros à l'horizon 2010. Quant à l'amélioration des bénéfices, elle est évaluée à 1,22 milliard d'euro dont 190 millions pour Fortis.

Dès hier soir les syndicats néerlandais entamaient des négociations avec le consortium. Une certaine insécurité règne en effet quant au maintien de l'emploi tant parmi les travailleurs d'ABN Amro (24000 aux Pays-Bas) que chez ceux de Fortis (12000).