La bataille autour d'ABN Amro, première banque néerlandaise, qui met en ébullition le monde financier européen, est montée d'un cran mercredi avec l'intervention de la banque centrale des Pays-Bas. En pourparlers exclusifs avec la banque britannique Barclays, mais acceptant de rencontrer un consortium de trois banques européennes ayant également manifesté leur intérêt, ABN Amro est au coeur d'une bataille de reprise initiée par le fonds spéculatif TCI, décidé à retirer un maximum de sa vente ou de son démantèlement.

Une vérification minutieuse

Mais la Banque centrale néerlandaise (DNB) a prévenu mercredi que l'offre des banques britannique Royal Bank of Scotland, espagnole Banco Santander (SCH) et belgo-néerlandaise Fortis constituerait "un facteur important de risques et de complications, aussi bien dans la préparation de la transaction que dans son exécution et application".

Mardi, ABN Amro a annoncé qu'elle accepterait de rencontrer en début de semaine prochaine Royal Bank of Scotland, SCH et Fortis, qui avaient réclamé dimanche des "discussions exploratoires" en vue de "déposer une proposition d'acquisition d'ABN Amro". Selon la presse, ces banques se partageraient ensuite les actifs du groupe en fonction de leurs intérêts géographiques notamment. Banco Santander serait ainsi intéressé par les activités en Italie et au Brésil, d'une valeur d'environ 22 milliards d'euros, selon la presse économique espagnole.

La banque centrale, autorité de surveillance des institutions bancaires et "responsable d'une gestion bancaire saine et prudente", prévient qu'elle "vérifiera avec minutie si les parties ont réussi à gérer les risques nommés" s'ils font une offre sur ABN Amro. ABN Amro est actuellement lié à Barclays dans le cadre de négociations exclusives. Ces négociations, qui devaient se terminer mardi, ont été prolongées jusqu'à vendredi soir.

Il y a un mois, les deux banques avaient déjà révélé les grandes lignes organisationnelles de la future entité. D'une capitalisation boursière de près de 140 milliards d'euros, elle serait la deuxième banque européenne et la cinquième banque mondiale, avec 220 000 employés et 47 millions de clients.

L'intervention de la banque centrale néerlandaise surprend dans la mesure où la semaine dernière, son président Nout Wellink avait déclaré au "Financial Times" qu'il ne s'opposerait pas à ce qu'"une banque solide reprenne et décide de restructurer" ABN Amro. Un porte-parole de la DNB a souligné que "les propos de M. Wellink parlaient de banque et d'un seul offrant, et non d'un consortium" et qu'il n'y avait donc "pas de contradiction" avec la mise en garde de la DNB. Le 20 février, The Children Investment Fund (TCI), possédant 1 pc du capital de ABN Amro, avait réclamé "un démantèlement, une scission, une vente ou une fusion de ses différentes activités", voire une cession du groupe "dans son ensemble" . Ses actionnaires, selon TCI, étaient lésés par la stagnation de l'action ABN depuis l'arrivée de la direction en mai 2000, comparé au gain boursier moyen de 44 pc de ses rivales européennes sur la période.

Depuis lors, le cours d'ABN a gagné plus de 30 pc. (AFP)