Un tribunal d'Amsterdam a infligé un sérieux coup dur jeudi au projet d'achat de la banque néerlandaise ABN Amro par le britannique Barclays et donné un coup de pouce à une offre concurrente record d'un consortium européen en gelant la vente de sa filiale américaine LaSalle.

Il est "interdit à ABN Amro [...] de procéder [...] ou de collaborer à l'exécution de l'accord d'achat" de LaSalle signé avec Bank of America, "sans l'accord préalable de l'assemblée des actionnaires", a indiqué le président du tribunal Huub Willems, estimant que cette vente lésait les intérêts des actionnaires de la banque néerlandaise.

La procédure avait été initiée par l'association d'actionnaires néerlandaise VEB, qui réclamait un vote sur la vente de LaSalle et accusait la direction de favoriser l'offre de Barclays, alors que nombre d'actionnaires considèrent l'éventuelle offre rivale d'un consortium comme plus intéressante.

A la clôture de la Bourse d'Amsterdam, ABN Amro gagnait 1,89 pc à 36,60 euros.

La banque "étudie les implications du jugement", a déclaré une porte-parole, Carolien Pors. La cession de LaSalle, qualifiée de "point charnière", est "inadmissible" si les actionnaires ne peuvent se prononcer sur elle sans auparavant pouvoir comparer avec d'autres offres, a sévèrement ajouté le juge. L'interdiction dure jusqu'au 14 juin, jour où le tribunal se penchera sur le fond de l'affaire, à savoir s'il y a eu mauvaise gestion de la part de la direction de la banque. Elle ouvre la voie à une offre d'achat formelle sur ABN de la part d'un consortium de trois banques européennes, composé du britannique Royal Bank of Scotland (RBS), de l'espagnol Banco Santander (SCH) et du belgo-néerlandais Fortis, qui a l'intention d'offrir 72 milliards d'euros pour ABN, dont 70 pc en numéraire.

Augmentation de capital

Selon une source proche du dossier, Fortis pourrait lancer une augmentation de capital de plus de 15 milliards d'euros afin de financer sa participation à la contre offre, selon une source proche du dossier. Les modalités de l'opération ne seraient pas encore définies. Fortis n'a pas souhaité commenter cette information.

"La bataille de reprise est rouverte", s'est réjoui Peter Paul de Vries, le président de la VEB. "C'est une énorme victoire". Il a également critiqué le PDG de la banque néerlandaise Rijkman Groenink, qui "s'est lié trop fortement à Barclays" et "n'est pas sans parti pris" réitérant son accusation contre la direction d'ABN Amro selon laquelle la vente séparée de LaSalle n'était qu'une façon de barrer la route au consortium.

Le départ de M. Groenink "est la suite logique [...] je ne peux imaginer qu'il puisse rester", a-t-il aussi estimé. (AFP)