Voilà, l'incroyable saga ABN Amro qui avait commencé en février est quasi terminée. Barclays, l'un des deux prétendants à la reprise de la banque néerlandaise, a admis vendredi sa défaite et retiré son offre. La banque britannique a reçu à peine 4,41 millions d'actions ABN Amro, soit moins de 1 pc du capital. Ce résultat ne fait que confirmer ce à quoi tout le monde s'attendait.

L'offre de rachat de Barclays, qui se faisait principalement sous la forme d'un échange d'actions, n'avait aucune chance de réussir : elle valorisait ABN Amro à "seulement" 63 milliards, contre environ 71 milliards (dont 90 pc en cash) pour celle du consortium composé de Royal Bank of Scotland (RBS), Fortis et Santander. Avec une telle différence, qui s'est accrue au fil des semaines en raison de la baisse du cours de Barclays, le suspense était inexistant.

Au terme d'une bataille sans merci, le groupe britannique s'est montré bon perdant. Dans le communiqué publié hier, il n'affiche aucune amertume. Il annonce tout de même qu'il demandera le paiement des 200 millions d'euros auxquels il a droit pour la rupture du contrat d'alliance avec ABN Amro initialement annoncé le 23 avril dernier. "Ce dédommagement dépasse de beaucoup ce que Barclays a déjà dépensé pour cette offre", se félicite la banque, qui montre qu'elle n'est pas si perdante que cela...

ABN Amro a fait savoir qu'elle paierait l'amende sans rechigner. Elle a aussi tenu à saluer "la confiance que Barclays a eue" envers elle.

Goût amer

La déroute de Barclays laissera un goût amer aux dirigeants d'ABN Amro, qui auraient préféré se faire racheter par les Britanniques alors que les trois alliés comptent démanteler la banque au logo vert et jaune, se partager ses différentes activités et supprimer plusieurs milliers d'emplois. Le management a d'ailleurs tout fait pour mettre des bâtons dans les roues du consortium, en particulier en vendant sa filiale américaine LaSalle, sur laquelle RBS avait jeté son dévolu, à Bank of America.

Quelques têtes vont maintenant tomber. Le directeur financier d'ABN Amro a déjà démissionné. Et Rijkman Groenink, le controversé patron qui avait été acculé à se jeter dans les bras de Barclays, devrait lui emboîter le pas rapidement. A la dernière assemblée d'ABN, il n'avait pas caché sa méfiance à l'égard de l'offre du consortium.

La défaite de Barclays laisse ainsi la voie libre au trio. Le résultat de son offre, qui s'est achevée vendredi après-midi, devrait être connu lundi. Le trio, qui s'est contenté de prendre acte du retrait de Barclays, devrait à ce moment-là crier victoire.

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