Le consortium composé de Royal Bank of Scotland (RBS), Fortis et Santander ne montre pas le moindre signe de découragement dans la rude bataille qui l'oppose à Barclays pour la reprise de la banque néerlandaise ABN Amro. Il a confirmé lundi son intention de lancer une offre d'achat au prix inchangé de 38,40 euros par action (71,1 milliards d'euros) mais en revoyant à la hausse la partie payée en cash. Il propose dorénavant de débourser 35,60 euros en numéraire plus 0,296 nouvelle action ordinaire RBS. Il fait ainsi passer la partie en cash de 79 à 93 pc (66 milliards).

Il a aussi supprimé la condition préalable à l'offre, qui impliquait que les actionnaires d'ABN Amro rejettent la vente de LaSalle, filiale américaine d'ABN Amro, à Bank of America pour 21 milliards de dollars. Il n'avait pas d'autre choix puisque la Cour suprême des Pays-Bas a autorisé vendredi cette vente sans l'accord des actionnaires d'ABN Amro. Vente qui avait été décidée dans le cadre de l'offre lancée par Barclays.

A défaut de pouvoir s'adjuger LaSalle, le consortium aura donc du cash. C'est surtout pour Royal Bank of Scotland qui la convoitait que c'est une mauvaise nouvelle. La banque a d'ailleurs revu à la baisse les synergies prévues. Elle devra se contenter des activités "retail" en Asie, "investment banking" et salles de marché.

Prochain rendez-vous

"Pour Fortis, il n'y a rien de changé", nous a expliqué Gilbert Mittler, Chief Financial Officer (CFO) de Fortis. Le groupe belgo-néerlandais lorgne la banque "retail" aux Pays-Bas et les activités de banque privée et gestion d'actifs partout dans le monde. Tout cela pour un montant total de 24 milliards d'euros. Le groupe espagnol Santander vise, quant à lui, les filiales en Amérique latine et en Italie.

La prochaine date importante pour Fortis est l'assemblée extraordinaire du 6 août qui sera appelée à approuver l'opération de rachat et l'augmentation de capital avec droit de préférence pour un montant de 13 milliards d'euros. Reste donc à convaincre les actionnaires.

Le top management de Fortis, dont le CEO Jean-Paul Votron, s'y attelle activement. Il a déjà rencontré plus de 130 investisseurs institutionnels et veut maintenant donner la priorité aux actionnaires individuels qui représentent 20 pc du capital. "Maintenant, on s'adresse à l'actionnaire bon père de famille", souligne Gilbert Mittler. L'idée est de montrer l'intérêt de créer une société binationale, voire de susciter un sentiment de "fierté nationale".

Visiblement, la partie n'est pas encore tout à fait gagnée. L'action Fortis a clôturé hier en baisse de 1,89 pc à 30,64 euros alors que les actions Santander et RBS se sont inscrites hier en très légère hausse.

Pour les analystes, le consortium a marqué un point avec sa nouvelle offre. "Je ne vois pas Barclays capable de gagner cette guerre, et je ne pense pas qu'ils aient beaucoup d'actionnaires favorables à une offre plus élevée, donc la logique voudrait qu'ils se retirent", a résumé un analyste londonien, tout en soulignant que les fortes personnalités présentes dans ce dossier pourraient faire dérailler cette logique. D'autres rumeurs prêtent à Barclays d'accepter de s'allier avec une autre banque européenne pour l'emporter. Barclays a désormais jusqu'au 23 juillet pour relever son offre.

© La Libre Belgique 2007