Aux accros de tout poil, que ce soit à la drogue, au tabac, à l'alcool, aux médicaments..., sont venus depuis quelque temps se joindre de nouveaux groupes, les victimes de «dépendances silencieuses sans toxiques». Jeux de hasard et d'argent pour les uns; cyberdépendance, ou dépendance à Internet, pour les autres.

«La dépendance se caractérise par un usage répétitif et intensif de l'acte de jouer ou de la communication virtuelle qui entrave la liberté du sujet d'y mettre un terme. L'existence de signes de manque et les conséquences sociales, professionnelles et familiales confirment l'inadaptation du comportement», explique Serge Minet, thérapeute clinicien auprès du service de psychiatrie du CHU Brugmann, qui organise prochainement une session de motivation et de traitement des dépendances sans toxiques.

S'adressant à toute personne préoccupée par le jeu ou Internet, cette journée de motivation et de préparation au changement se déroulera le 29 avril, de 9h30 à 17 h, au Centre de Jour Sivadon, service de psychiatrie et psychologie médicale, du CHU Brugmann. Témoignages, rencontres, échanges, analyse motivationnelle, présentation d'un modèle thérapeutique sont inscrits au programme.

«Dans la cyberdépendance, on distingue plusieurs catégories, nous explique encore Serge Minet, il y a les dépendances à la communication virtuelle entre personnes; la sexualité assistée par ordinateur, qui fait référence aux dépendances axées sur les sites pornographiques et érotiques; d'autres formes de type plus économique, de l'ordre de l'achat compulsif par Internet ou des jeux de casino en ligne; ou encore des dépendances de jeux de rôle ou de société en ligne, n'impliquant pas nécessairement de l'argent mais offrant à l'internaute l'occasion de se mettre dans la peau d'un personnage et de vivre des situations de l'ordre de la prise de risque virtuel. Enfin, n'oublions pas la dépendance au travail, qui touche des gens collés à leur ordinateur jour et nuit».

Y a-t-il un profil type du cyberdépendant? Oui, on trouve un certain nombre de caractéristiques communes à ces personnes, comme l'immaturité socio-affective, le vide identificatoire, la frustration pour des situations ou des combats estimés perdus d'avance, l'anxiété, des troubles du comportement, une dépendance affective, un sentiment de non-valeur, de dévalorisation et de non-reconnaissance, un désir de refuge, ou d'échappatoire à la réalité, la recherche d'un milieu affectif (famille virtuelle), un sentiment d'isolement et un caractère solitaire, un certain vide émotionnel.

Il faut dire qu'Internet offre aux cyberdépendants de nombreux avantages, comme l'accès 24h/24, l'anonymat, le fait que l'expression par écrit peut s'avérer plus aisée, la facilité des rencontres, l'attrait de l'inconnu, le bonheur et les émotions virtuels, l'absence de jugement hâtif, la possibilité de combler un manque affectif ou mettre du piquant dans la vie, l'impression de vivre une communication, l'absence de discours corporel et non verbal, le recours facile au mensonge, à la fraude intellectuelle ou affective, l'immédiateté de la réponse...

© La Libre Belgique 2005