La banque Dexia a décidé de rompre son long silence à propos de l'enquête judiciaire sur la faillite de l'entreprise technologique Lernout & Hauspie. Et cela parce qu'elle s'estime particulièrement lésée dans cette affaire où elle fait partie des 22 inculpés et est la seule institution financière à l'être.

" Nous sommes indignés de l'inculpation de la banque. Nous sommes sûrs d'être la victime principale dans ce dossier", affirme le président de Dexia Banque, Stefaan Decraene. Et cela pour plusieurs raisons. Les crédits encore en cours au groupe L & H s'élèvent à 97millions d'euros. Et puis, il y a le " risque de réputation ".

Dexia Banque a donc tenu à expliquer pourquoi elle n'estimait pas avoir joué le rôle que la justice lui prête.

Première précision : les opérations ont été réalisées par Paribas et Bacob qui ont fusionné pour donner naissance au groupe Artesia qui lui-même s'est uni en 2003 à Dexia. Quand Paribas a accordé ses crédits à L & H, elle s'est basée sur des chiffres " audités par des réviseurs". De plus, la banque a demandé l'avis externe du professeur Van Overstraeten sur l'aspect technologique. "Le temps a donné raison à la banque au moins à Singapour où les tribunaux ont jugé la technologie précieuse" , dit Stefaan Decraene.

Les montants alloués oscillaient entre 5 et 20millions d'euros. " Les limites imposées par Paribas, Bacob et Artesia n'ont jamais été dépassées ", explique Stefaan Decraene. " Pour presque chaque crédit, on a demandé des sûretés et des crédits ont été refusés", précise Ann DeRoeck, secrétaire générale.

Dans son projet de citation, la cour d'appel de Gand estime que Dexia aurait contribué à falsifier les comptes annuels de L & H en gonflant le chiffre d'affaires via les crédits octroyés. " Nous ne comprenons pas ce lien", souligne Stefaan Decraene.

La banque avait octroyé des crédits à Dictation Consortium, qui rétribuait la société yproise pour l'octroi de la licence de reconnaissance vocale. Une façon de gonfler le chiffre d'affaires ? "Cette structure avait été proposée par L & H et ses consultants", précise M. Decraene.

Et le crédit de 20 millions d'euros à Jo Lernout, Pol Hauspie et Nico Willaert (ex-dirigeant de L & H) ? " A ce moment-là, ces trois hommes étaient des entrepreneurs très riches et L & H avait une capitalisation boursière cinq fois supérieure à celle de Solvay."

Quant aux accusations de manipulation de cours, Dexia les rejette en bloc également. Artesia a eu maximum 0,7 pc du capital suite à l'exercice de warrants dont la moitié a été vendue avant l'envolée en Bourse.

"Nous avons le sentiment que le tribunal veut maintenir la banque, la seule partie solvable, dans la procédure, car il veut indemniser les investisseurs", analyse Stefaan Decraene.

La citation est attendue pour avril et le procès devrait débuter fin 2007.