Le feu se concentre sur Heinrich von Pierer : l'ex-président de Siemens a de plus en plus de mal à affirmer son innocence dans l'affaire de corruption qui secoue le géant de la construction électrique. Pour la première fois, un de ses anciens subordonnés l'a accusé de lui avoir ordonné de verser des pots-de-vin.

Celui qu'on a appelé "Mister Siemens" a rencontré de sa propre initiative des représentants du parquet de Munich vendredi et hier. Depuis que le scandale a éclaté en novembre 2006, le président du directoire de Siemens de 1992 à 2005 a toujours prétendu n'avoir pas été au courant du système de corruption mis en place par plusieurs divisions autonomes du groupe.

Longtemps l'opinion l'a cru. Certes, au printemps 2007 von Pierer avait démissionné de son poste de président du conseil de surveillance pour, disait-il noblement, "ne pas nuire à Siemens" . Ce n'était pas un aveu de culpabilité. Le parquet de Munich, qui pourtant a écroué des managers du groupe, n'a pas ouvert d'enquête contre l'ex-patron. Il ne l'a même jamais entendu.

Vendredi, von Pierer est allé dire aux procureurs qu'il ne pense rien des nouveaux reproches qu'on lui fait. Concrètement, un ancien directeur de la division Siemens Business Services (SBS) a dit au parquet "qu'en 2002 ou 2003" il aurait, en compagnie d'un collègue, rencontré von Pierer pour lui dire qu'il refusait de transférer sur un compte suisse une "commission" de 10 millions de dollars pour une commande en Argentine. Le président aurait rabroué les deux subordonnés en leur demandant de se comporter comme des "soldats de Siemens" , peut-on lire dans des articles parus dans la "Süddeutsche Zeitung" et "Der Spiegel".

Von Pierer a répliqué que jamais il n'utiliserait un tel langage. Il a aussi dit qu'il "est absolument faux d'admettre que des cas isolés auraient permis de conclure à l'existence d'un système de prétendues caisses noires englobant tout le groupe. Je n'ai pas manqué à mes devoirs" .

L'opinion est perplexe : très longtemps von Pierer a bénéficié d'une réputation légendaire. Il a été le seul patron allemand à parler devant l'Onu. En 2004, la chancelière Angela Merkel a pensé à lui offrir le poste de président fédéral; plus tard elle a fait de lui son conseiller pour l'innovation, mais la semaine dernière, sentant que le filet se resserrait sur lui, elle l'a lâché. Maintenant la balle est dans le camp du parquet.

Le conseil de surveillance de Siemens, composé en majorité d'adversaires de von Pierer, doit décider le 29 avril s'il poursuivra en dommages et intérêts des membres de l'ancienne direction, y compris l'ex-président.