entretien

Président d'Agoria Wallonie, Marcel Miller, également président et administrateur délégué d'Alstom Belgique trace les objectifs de la branche wallonne de la fédération de l'industrie technologique.

Y aura-t-il des changements importants dans la politique d'Agoria Wallonie ?

Nous avons travaillé en interne pour réorganiser le conseil de direction pour qu'il y ait une meilleure représentativité des entreprises avec des sièges dévoués aux PME. Nous avons aussi organisé des sessions pour définir ce que nous voulons faire nous-mêmes. Une de nos ambitions est de dire qu'il faut arrêter de se plaindre sur le politique ou l'enseignement. Si nous organisons au minimum 3 à 4 actions dans 3 ans, nous aurons beaucoup avancé. Nous avons la chance d'avoir un certain frémissement en Wallonie, même si nous ne devons pas tomber dans l'euphorie, car le gap reste important entre nous et les régions qui nous entourent.

Quelles sont vos priorités ?

Deux choses sont très importantes pour notre secteur : 1. l'industrie est reconsidérée comme quelque chose qui crée de la richesse et de l'emploi au niveau de la région alors que le discours était plutôt à sa disparition ; 2. nous allons nous prendre en mains. Il y a aujourd'hui un tissu de nouveaux secteurs qui sont les germes de l'entreprise de demain et c'est sur eux qu'il faut capitaliser. Mais il faut accélérer les réformes et les mises en chantier, car nous n'avons pas 50 ans devant nous.

Quelles formes prendront les actions ?

Nous devons changer l'image de l'industrie, car pour beaucoup de gens croient encore que ce sont des cheminées qui fument et qui polluent. Or, quand on regarde les secteurs, il y a des entreprises qui fabriquent des services, du son, etc. Nous voulons donc expliquer aux jeunes que l'industrie, c'est un monde du matériel (produits) et de l'immatériel. Ce dernier secteur a d'ailleurs pris beaucoup de place en Région wallonne. Si nous ne changeons pas l'image, nous n'aurons pas un pouvoir d'attractivité sur les jeunes. Nous voulons aussi taper davantage sur le clou en matière de formation et plusieurs idées sont sur la table pour revaloriser les métiers techniques qui ont été massacrés pendant des années. Cette fois-ci, nous allons travailler sur la tranche des 10-14 ans avec notamment l'action, "Beijing calling", calquée sur les Jeux olympiques de Pékin, et qui s'étalera d'avril à octobre 2008. Cette opération est relayée par Agoria Vlaanderen et vise à expliquer aux jeunes, à travers des ateliers, que les images qu'ils voient n'existeront pas sans la technologie. C'est en amont qu'il faut travailler pour inciter les jeunes à embrasser plus tard des métiers notamment d'ingénieurs.

L'année s'annonce difficile pour les entreprises à ce niveau...

C'est vrai. Les études d'ingénieurs industriels passent de 4 à 5 ans et il n'y aura pas de diplômés en la matière cette année. Ce sont les dégâts collatéraux de Bologne et c'est un véritable problème pour les entreprises. Mais la pénurie est plus grande encore au niveau des techniciens et c'est l'une des raisons du ralentissement économique.

Quel est le bilan des entreprises en 2007 ?

L'année 2007 a été bonne pour les entreprises wallonnes d'Agoria. Elles affichent environ 11,4 milliards d'euros de livraisons, soit une croissance de 4,4 pc du chiffre d'affaires par rapport à 2006 et c'est la 4e année consécutive de croissance. L'emploi a augmenté de 1,6 pc à 59 360 unités. Tous les secteurs se sont bien comportés. Nous sommes un grand contributeur de la balance commerciale de la Région wallonne puisque 75 pc de la production des entreprises du secteur sont exportées. Et 70 pc du chiffre d'affaires des entreprises wallonnes d'Agoria ne sont pas à capitaux belges.

Cette dernière réalité n'est-elle pas inquiétante ?

Oui et non, car quand on est dans une multinationale, on a l'avantage d'avoir accès aux marchés mondiaux. Mais à l'inverse, on a une concurrence interne, donc il est très important pour les entreprises à capitaux étrangers que le terreau wallon soit fertile. Tout le monde a le même problème pour trouver des ingénieurs, mais nous devons renforcer l'attractivité de la Région wallonne et si on n'est pas les moins chers, il faut qu'on soit les plus compétents et les meilleurs en qualité.

Quid pour 2008 ?

Tout le monde prévoit un ralentissement et si la conjoncture est moins favorable, on en subira forcément le contrecoup.