J e suis déçu que les Etats-Unis aient choisi la voie de la confrontation.» Déçu, Peter Mandelson l'est peut-être, mais résigné à encaisser les coups, non. Le commissaire européen en charge du Commerce a décidé mardi de porter plainte à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) contre les Etats-Unis pour l'octroi de subsides à l'avionneur américain Boeing.

Ce faisant, il réagissait à la demande américaine d'arbitrage, déposée à l'OMC pour déterminer si les prêts au lancement de l'Airbus A 350, destiné à concurrencer le Boeing 787, étaient conformes aux règles internationales.

«Nous avons tout fait pour éviter le litige» qui s'annonce comme «le plus compliqué et coûteux de l'histoire de l'OMC». «Des dizaines de milliers d'emplois sont concernés dans cette affaire, pas seulement en Europe mais aussi aux Etats-Unis», a rappelé Mandelson, regrettant que le contentieux avec l'administration américaine n'ait pu être surmonté «par la voie de la négociation». Les deux parties négociaient depuis des mois une réduction de l'aide pour leur avionneur respectif.

Le commissaire européen a accusé Boeing d'être aux commandes à Washington. «Airbus connaît un succès énorme et Boeing a usé de son influence pour porter l'affaire à l'OMC, non pas parce qu'il craint les subventions européennes, mais parce qu'il redoute la concurrence.»

Aussi, «la position des Etats-Unis ne s'annonce-t-elle pas très confortable dans ce dossier», a estimé Mandelson, égrenant les avantages perçus depuis 1992 par le constructeur américain pour un montant total de 30 milliards de dollars. Et «pas un cent, pas un dollar d'aide publique n'a été remboursé». Parallèlement, le commissaire européen s'est déclaré confiant sur l'issue de la plainte américaine. Washington «ferait mieux de consacrer son temps et son énergie à autre chose», a-t-il dès lors ajouté. «L'Europe et l'Amérique s'affrontent sur la rivalité entre deux sociétés qui opèrent dans un marché bien assez grand pour elles deux.»

Le litige tombe d'autant plus mal, selon le commissaire, que les efforts devraient être consacrés à un succès des négociations commerciales lancées à Doha en 2001, et qui restent dans l'impasse à sept mois du sommet de Hong-Kong. «On peut se préoccuper de l'apathie, de l'attentisme trop marqué, de la retenue» actuels en la matière. «Le cycle de Doha a besoin de leaders, d'action, de moteurs» et pas de «sang versé», a-t-il précisé, se déclarant «déterminé à ce que nos relations personnelles ne soient pas endommagées» et que «le succès du cycle ne soit pas compromis». «Tout ce qui pourra être acquis dans le cadre de Doha pèsera bien plus lourd que cette dispute de clocher entre deux compagnies qui luttent pour une place au soleil sur le marché mondial.»

© La Libre Belgique 2005