Malgré le contrat de 35 milliards de dollars remporté aux Etats-Unis (LLB du 03/03), le patron du groupe européen de défense et d'aéronautique EADS, Louis Gallois, a affirmé la nécessité de poursuivre le plan d'économies décidé chez Airbus, filiale d'EADS. "Sur le long terme, je ne crois pas que ce contrat rende superflu de continuer les efforts d'adaptation", a-t-il déclaré au quotidien "Handelsblatt".

"Ce contrat nous aide, mais cela ne change rien à la nécessité d'économiser et de supprimer des emplois", a renchéri le patron d'Airbus, Thomas Enders, dans le quotidien "Financial Times Deutschland" (FTD).

EADS, allié à l'Américain Northrop Grumman, a été choisi par le Pentagone pour fournir 179 avions ravitailleurs à l'armée de l'air américaine. M. Gallois a estimé impératif pour EADS de réaliser à l'avenir une plus grande partie de sa production hors d'Europe. "Nous ne pouvons conserver un personnel hautement qualifié en Europe que si nous délocalisons une plus grande partie de notre travail dans la zone dollar", a-t-il dit. Le groupe prévoit notamment la création d'une chaîne d'assemblage d'A330 cargo à Mobile, en Alabama, où les ravitailleurs américains seront produits. Selon le FTD, EADS compte investir quelque 500 millions d'euros dans cette usine qui emploiera un millier de personnes.

"Quand le dollar perd 10 cents, nous devons économiser un milliard d'euros de plus pour rester compétitifs", a déclaré Thomas Enders. Quand le plan d'économies d'Airbus "Power8" a été élaboré, un euro s'échangeait à 1,35 dollar, a-t-il souligné, contre 1,5274 dollar ce lundi. Le plan de restructuration Power8, adopté en février 2007 après les déboires de l'avion géant A380, prévoit des suppressions de 10 000 emplois et la cession de plusieurs sites en Europe.

La candidate à l'investiture démocrate pour la présidentielle américaine, Hillary Clinton, s'est dite très inquiète dimanche après l'attribution du contrat de défense au groupe européen EADS aux dépens de l'américain Boeing. "Je suis très inquiète de la décision de l'administration Bush de sous-traiter la production d'avions ravitailleurs pour l'armée américaine", a-t-elle indiqué, en ajoutant qu'"il est troublant de voir l'administration Bush attribuer le deuxième plus gros contrat de l'histoire de notre nation à une union comprenant une société européenne contre laquelle notre gouvernement a simultanément engagé une procédure devant l'OMC pour des aides illégales".

Des propos qui n'ont pas empêché l'action EADS de s'envoler lundi sur Euronext Paris, terminant la journée en hausse de 9,24 pc à 19,04 euros. (D'après AFP)