Airbus a enregistré l'an dernier une perte d'exploitation de 572 millions d'euros, après un bénéfice de plus de 2,3 milliards d'euros en 2005. C'est le premier résultat négatif de l'avionneur européen et il vient plomber les comptes de la maison-mère EADS. En conséquence, celle-ci a vu son bénéfice d'exploitation annuel chuter de 86 pc à 399 millions d'euros, et son résultat net fondre à 99 millions d'euros, contre 1,68 milliard. En 2006, Airbus a été plombé à hauteur de 2,5 milliards par l'A380, qui a pris deux ans de retard, et par 500 millions de charges relatives à l'A350. Airbus a également passé l'an dernier une provision de 352 millions "au titre d'imprévus liés à l'A400M", le programme d'avion de transport militaire dont l'assemblage affiche désormais trois mois de retard.

Airbus a malgré tout enregistré une hausse de 14 pc de son chiffre d'affaires à 25,19 milliards d'euros, après un record de 434 appareils commerciaux livrés en 2006, et compte réaliser "entre 440 et 450 livraisons" cette année. Airbus essuiera "une autre perte substantielle en 2007", imputable aux charges de restructuration, au programme A380, aux charges de lancement de l'A350 et à l'impact du dollar faible, a prévenu, vendredi, Louis Gallois, président de l'avionneur et coprésident exécutif d'EADS, lors de la présentation des résultats du groupe en Allemagne. Il a rappelé la nécessité de mener à bien le plan de restructuration Power 8 prévoyant 10 000 suppressions d'emploi et la cession de 6 sites en Europe. Il a aussi indiqué qu'on ne peut remettre en cause les grands axes du plan qui vise à générer 5 milliards d'euros de trésorerie d'ici 2010 puis 2 milliards d'économies annuelles.

D'après le directeur financier d'EADS, Hans-Peter Ring, la perte 2007 serait "à peu près du même ordre de grandeur" que celle de 2006. EADS prévoit pour 2007 un bénéfice d'exploitation "stable" et un chiffre d'affaires en "légère baisse".

Manif du 16 mars annulée

Louis Gallois a répété qu'EADS, qui disposait fin 2006 de 4,2 milliards de trésorerie, n'avait "pas besoin dans l'immédiat de lever des fonds supplémentaires", et qu'il ferait appel au marché "quand ce sera nécessaire". L'annonce du plan a suscité un tollé social et politique, en pleine campagne présidentielle française. Mais la manifestation européenne prévue le 16 mars à Bruxelles n'aura plus lieu. "Les actions seront décentralisées", a expliqué une porte-parole de la Fédération européenne des métallurgistes (FEM). Selon elle, ce ne sont pas des problèmes entre les syndicats des différents pays qui sont à l'origine de cette annulation, mais la difficulté matérielle d'organiser une manifestation commune. EADS compte toutefois proposer un dividende aux actionnaires lors de l'assemblée générale début mai. Le Premier ministre français Dominique de Villepin a affirmé lundi être opposé à un versement cette année estimant que "la logique industrielle (devait) l'emporter sur la logique financière". Pour le coprésident allemand, Tom Enders, "aucun gouvernement ne décide de notre dividende".

Ph. Law. (avec AFP)

© La Libre Belgique 2007