analyse

Dans la grande foire d’empoigne qui oppose Boeing et Airbus au niveau des avions commerciaux depuis 1988 (entrée en service de l’A320), l’avionneur européen repasse devant son concurrent américain avec un nombre net de ventes qui a tout lieu de faire sourire : 777 appareils, contre 662 à Boeing.

Même s’il est en baisse de 42 pc par rapport aux 1341 commandes enregistrées en 2007, le résultat 2008 est très satisfaisant, car il est supérieur aux prévisions. Airbus reprend ainsi une couronne qu’il a portée quatre années de suite, entre 2002 et 2005. 777, c’est le quatrième meilleur résultat de toute l’histoire de l’avionneur européen.

Dans le détail, de part et d’autre, c’est le segment des 100-200 sièges, court-moyen courrier, qui continue à cartonner : Airbus a vendu 472 unités de la famille A320 quand Boeing recevait 484 commandes de son B-737. Les compagnies à bas coût sont restées des clients dynamiques.

Succès de l’A330

La surprise vient, chez Airbus, du biréacteur A330, long courrier de capacité moyenne, dont les ventes se sont très bien tenues. La famille A330-A340 (quadriréacteur) a engrangé 138 commandes, et l’on sait que le biréacteur y est très largement majoritaire. L’A330 répond à la demande de clients pressés de renouveler leur flotte pour économiser du carburant, alors que son successeur A350 n’entrera pas en service avant 2013. Concernant ce dernier, la première pierre de son hall d’assemblage a été posée en grande pompe, à Toulouse, le mercredi 14 janvier. Depuis son lancement en 2006, sous les nouvelles spécifications A350 XWB (eXtra Wide Body, fuselage très large), l’appareil a réalisé le très joli score de 468 commandes.

Quant au concurrent dans la gamme des moyen porteurs, le B-787, lancé en 2004, continue à caracoler en tête des commandes, avec un total actuel de 910, mais seulement 93 cette année, contre 163 A350 XWB. C’est qu’entre-temps, le Dreamliner s’est transformé, comme l’A380, en cauchemar industriel, et il accuse lui aussi deux ans de retard.

A propos du grand géant, il n’a reçu que neuf commandes l’an dernier, amenant le total à 198 unités. La clientèle potentielle attend très probablement de voir comment Airbus sort de son imbroglio industriel. De fait, douze A380 ont bien été livrés, comme prévu, l’année dernière, mais, pour cette année, l’objectif de 21 livraisons ne sera pas tenu, Airbus en promettant 18.

La saga des ravitailleurs

Côté militaire, Airbus a connu un important succès en remportant, le 29 février dernier, la première tranche du contrat des avions ravitailleurs destinés à l’US Air Force, soit 179 A330-200 MRTT (MuliRole Transport Tanker) rebaptisés KC45. Suite à des plaintes du concurrent Boeing, le contrat obtenu en partenariat avec Northrop Grumman a été annulé le 10 septembre 2008. Mais Airbus ne désespère pas de sortir à nouveau vainqueur de l’appel d’offres que le Pentagone émettra cette année.

La situation est beaucoup plus critique pour l’A400M, avion de transport militaire commandé à 180 exemplaires par sept pays de l’Otan, dont sept par la Belgique et un par le Luxembourg. On parle de trois à quatre ans de retard pour le programme. Les clients sont furieux et Airbus veut renégocier les contrats, on n’est donc pas sorti de l’auberge.

Et 2009 ? Comme partout, c’est l’incertitude. Non sans un salutaire humour, lors de la conférence de presse qui eut lieu hier à Toulouse, le bouillant directeur commercial d’Airbus, John Leahy, plaça une boule de cristal devant lui. Les journalistes sur place sont parvenus à lui arracher une fourchette de prévision : entre 300 et 400 commandes. Nombre inférieur aux livraisons attendues, qui se montent à environ 500 unités. Coincées entre la nécessité de moderniser leur flotte et les dégâts de la crise économico-financière, les compagnies adopteront une position attentiste. Avec un total de 3715 commandes dans son carnet, Airbus a le temps, non de se reposer sur ses lauriers, mais bien de voir venir.