Pas de surprise majeure, hier, à Paris, lors de la communication des résultats 2006 d'Airbus. L'an dernier, l'avionneur européen avait annoncé 1 055 commandes pour 2005, coiffant sur le fil Boeing qui en revendiquait 1 002. En 2006, Airbus a enregistré 790 commandes fermes, contre 1 044 pour Boeing. Ainsi, pour la première fois depuis 2000, l'avionneur de Chicago repasse devant celui de Toulouse.

Pour autant, l'année fut-elle si mauvaise qu'on veut bien le dire ? Certes, Airbus a été bien secoué. Louis Gallois, patron de l'avionneur, a admis lui-même, hier à Paris, que le retard de deux ans sur le programme de livraisons du très gros porteur A380 avait été ressenti comme un "choc majeur". Et en un an, la direction de la filiale d'EADS a changé deux fois, le poste de CEO passant de Noël Forgeard à Christian Streiff puis à Louis Gallois.

Pour mémoire, rappelons que Boeing a connu le même genre de problèmes. Entre 2003 et 2005, trois PDG se sont succédé, dont un a dû démissionner non pas pour des soupçons de délit d'initié, comme Noël Forgeard cette année, mais à la suite d'une liaison avec une cadre du groupe... Souvenons-nous aussi qu'à la fin des années nonante, l'avionneur américain avait été jusqu'à arrêter une chaîne de production pour avoir mal estimé la montée en cadence.

Ce ne fut pas le cas d'Airbus cette année : en termes de livraisons, l'avionneur européen est passé de 378 appareils en 2005 à 434 en 2006, un record que Boeing ne fait qu'approcher, avec 398 aéronefs commerciaux livrés.

Louis Gallois et John Leahy, directeur commercial d'Airbus, ont donc raison de se réjouir en affirmant que 2006 a été la deuxième meilleure année pour les commandes et la meilleure année en terme de livraisons, avec un chiffre d'affaires estimé à 26 milliards d'euros. Au total, Airbus et Boeing additionnent 1 834 commandes, ce qui, là, est une véritable surprise. En janvier 2006, en effet, après le record de 2005, tous les analystes s'accordaient autour d'une baisse significative de la demande.

Force est de constater que, pour Airbus, les commandes sont reparties à la hausse depuis octobre dernier, un rythme conservé en ce début d'année, tandis que l'avionneur annonçait, hier, le lancement industriel de l'A330-200 F, la version cargo du biréacteur long-courrier. John Leahy s'attend à 200 commandes du nouvel A350 XWB et, à l'instar de Boeing, Airbus prévoit de livrer entre 440 et 450 aéronefs cette année, un nouveau record.

L'avenir n'en reste pas moins difficile. "2007 sera l'année d'un tournant", a annoncé Louis Gallois, tout en souhaitant ardemment "la naissance d'un nouvel Airbus". Selon ses dires, les problèmes de câblage, en partie responsables des retards de l'A380, sont en passe d'être résolus : "Le nouveau câblage électrique du premier Airbus A380, destiné à Singapore Airlines, a été installé la semaine dernière", et sa livraison est toujours prévue pour octobre prochain.

Vive l'intégration

Mais, plus profondément, les causes de ces retards sont à trouver dans un manque de coopération technique entre ingénieurs français et allemands, ainsi qu'à l'absence d'outil informatique commun. Lutte entre sites de production, tensions politiques récurrentes, "c'est un poison pour Airbus de laisser les nationalismes agir", souligne Louis Gallois pour qui "l'intégration complète" de l'entreprise est l'un des objectifs majeurs de l'année en cours.

L'avionneur européen entend bien aussi se concentrer sur son core business, et faire de plus en plus appel à la sous-traitance qui, de 25 pc sur l'A320 et 30 pc sur l'A380, passerait à 50 pc pour le nouvel A350. "Une moitié de l'aérostructure sous-traitée, cela laisse l'autre moitié fabriquée par Airbus", a déclaré, en marge de la conférence de presse, Fabrice Brégier, numéro deux du groupe. Car le troisième défi de l'année 2007 est le lancement du plan de restructuration appelé "Power 8", censé permettre des économies de 2 milliards d'euros par an à l'horizon 2010. Mais M. Brégier rassure : "Nous ne sommes pas des sauvages sociaux"