Airbus, qui a annoncé mardi la suppression de 15.000 postes, traverse une "crise d'une gravité incroyable", mais son président exécutif Guillaume Faury compte sur les mesures de chômage partiel pour limiter la casse et sur la solidarité avec les fournisseurs pour rebondir, explique-t-il dans un entretien avec l'AFP.

Vous pensez pouvoir sauver un "nombre significatif d'emplois" grâce aux mesures de chômage partiel, qu'en est-il?

"On ne connaît pas les modalités précises du dispositif qui va s'appeler APLD (Activité partielle de longue durée, NDLR) donc il faut parler avec prudence, mais on pense qu'on peut aller jusqu'à à peu près 1.000 emplois, de gens qu'on aimerait pouvoir garder dans l'entreprise jusqu'au premier trimestre 2022.

Ca fera environ 24 mois de chômage partiel de longue durée pour des gens qui seraient des cols bleus ou des cols blancs de production, parce qu'on pense qu'il n'est pas déraisonnable de faire l'hypothèse qu'en 2022 on aura un redémarrage progressif de la production et des livraisons des appareils moyen-courrier, c'est-à-dire la famille des A320.

On a une idée assez spécifique, elle est connue du gouvernement, on compte dessus, il faut maintenant qu'elle soit votée".

Et en Allemagne?

"Il y a l'équivalent en Allemagne, même si le système n'est pas exactement le même. La situation pour nous n'est pas la même non plus, on a plus d'activité A320 en Allemagne, puisque toutes les (4) chaînes d'assemblage sont pour l'A320 en Allemagne, alors que c'est deux sur quatre en France. Le dispositif de +Kurzarbeit+ n'est pas là non plus complètement validé mais il devrait nous permettre, encore une fois avec prudence, d'aller jusqu'à 1.500 personnes en Allemagne".

Envisagez-vous d'internaliser une partie de la production actuellement assurée par des sous-traitants?

"On est vraiment en mode survie tous ensemble. On n'a pas envie de rajouter à la gravité de la situation en faisant ce genre de choses, on a tous à s'adapter.

L'ensemble de notre tissu de fournisseurs a des problématiques similaires à traiter et on leur demande à ce que, possiblement, aux alentours de 2022, on commence à remonter la production si la gestion de la crise, la façon dont elle va être digérée par les marchés, par les compagnies aériennes et par les passagers eux-mêmes, se passe comme on l'imagine aujourd'hui.

On est en train de constituer, dans le cadre du plan de relance mais à l'initiative des industriels, un fonds d'investissement pour être capable d'intervenir sur les fournisseurs. Donc je mets de l'argent d'Airbus à disposition (116 millions d'euros, NDLR) pour intervenir chez les fournisseurs et pour les aider. On n'est pas dans une logique traditionnelle, on est dans une crise d'une gravité incroyable et j'ai besoin que tous mes fournisseurs soient là demain et après-demain si je veux fabriquer des avions.

On est dans une perspective de tous ensemble arriver à traverser la crise avec une solidarité qui est incroyablement plus importante que d'habitude, car on va y arriver tous ensemble ou on ne va pas y arriver, et ça je crois que tout le monde l'a bien compris".

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