Après la démission de Paul Wolfowitz, les regards se tournent vers un autre fidèle du président Bush englué dans les scandales, son ministre de la Justice Alberto Gonzales, qui pourrait subir cette semaine un vote de défiance symbolique au Sénat.

Sur la sellette depuis février à cause du renvoi d'au moins neuf procureurs fédéraux l'année dernière, une démarche légale mais qui apparaît comme une purge politique orchestrée par la Maison Blanche, M. Gonzales, fort du soutien sans faille de George W. Bush, semblait avoir passé le gros de l'orage.

Lundi dernier, la démission de son adjoint, Paul McNulty, officiellement pour trouver un emploi lui permettant de financer les études de ses enfants, avait confirmé que le ministre, lui, n'était en aucun cas sur le départ. Dès le lendemain matin, M. Gonzales avait réaffirmé qu'il resterait à son poste, rappelant les trois priorités qu'il martèle depuis des mois: protéger le pays du terrorisme, les rues de la criminalité, et les enfants des pédophiles. Mais au même moment, un ancien numéro deux du ministère, James Comey, racontait à des sénateurs sidérés comment M. Gonzales, alors responsable des services juridiques de la Maison Blanche, s'était rendu un soir de mars 2004 au chevet du ministre de l'époque, John Ashcroft, en soins intensifs après une opération, pour le pousser à cautionner les écoutes sans mandat d'un juge. Ces écoutes, instaurées par M. Bush après le 11 Septembre, concernent les communications entre les Etats-Unis et l'étranger. Révélé par la presse en 2005, elles apparaissent comme la première mesure antiterroriste visant directement les citoyens américains, et de ce fait la plus contestée.

Le récit de M. Comey "vient rappeler que, longtemps avant de déménager de la Maison Blanche vers le ministère de la Justice, M. Gonzales était le facilitateur en série des méandres légaux dans la +guerre contre le terrorisme+", estimait vendredi le Los Angeles Times dans un éditorial.

Interrogé jeudi lors d'une conférence de presse, M. Bush a refusé de confirmer ou de démentir l'épisode de la chambre d'hôpital, se contentant de considérations générales sur la confidentialité du programme et la réalité de la menace terroriste.

Deux sénateurs démocrates, assurant avoir le soutien de leur parti, ont annoncé jeudi qu'ils déposeraient cette semaine une motion de défiance contre le ministre. Cette motion ne serait que symbolique, mais plusieurs républicains sont susceptibles de voter le texte. "Il n'a plus aucune crédibilité. Plus personne ne croit qu'il peut gérer ou diriger le ministère. Chaque jour où il reste à son poste maintient le système judiciaire qui est au coeur de nos valeurs démocratiques dans le discrédit", a expliqué l'un d'entre eux, Charles Schumer.

Vendredi, la Maison Blanche a réaffirmé son soutien à Alberto Gonzales, assurant que la motion, si elle était effectivement déposée puis votée, ne serait qu'un "tour de passe-passe politicien". Mais au-delà des critiques contre M. Gonzales, les élus qui enquêtent sur l'éviction des procureurs ne semblent pas prêts à s'arrêter au ministre.

Mercredi, ils doivent entendre Monica Goodling, son ancienne collaboratrice chargée de faire la liaison avec la Maison Blanche, à laquelle ils ont accordé l'impunité parce qu'elle refusait de témoigner en invoquant son droit à ne pas s'auto-incriminer. Et les élus réclament toujours d'entendre le conseiller spécial de M. Bush, Karl Rove, et de lire ses courriers électroniques en lien avec l'affaire, mystérieusement disparus.