Les groupes français Alcatel et américain Lucent Technologies ont annoncé dimanche leur décision de fusionner, une opération qui donnera naissance au numéro 2 mondial des infrastructures de télécommunications mais entraînera aussi une réduction d'environ 10 pc de leurs effectifs.

«Alcatel et Lucent Technologies ont annoncé aujourd'hui, dimanche, la signature d'un accord de fusion visant à la création du leader mondial des solutions de communication», a annoncé le communiqué publié à Paris. La société fusionnée affiche un chiffre d'affaires d'environ 21 milliards d'euros pour 2005 et pèse 30 milliards d'euros en Bourse aux cours actuels. Cette fusion est ainsi l'une des 3 premières fusions dans le monde depuis un an.

Alcatel aura un poids supérieur à Lucent dans la nouvelle société, qui sera basée à Paris et de droit français: les actionnaires d'Alcatel détiendront environ 60 pc et ceux de Lucent 40 pc du capital. Mais les deux sociétés auront le même nombre de sièges au conseil d'administration. Elles se partageront les postes de direction: Serge Tchuruk, actuel PDG d'Alcatel, deviendra président non exécutif et Patricia Russo, la patronne de Lucent, directrice générale, chargée de l'opérationnel.

En effectifs cumulés, les deux sociétés employaient environ 88 000 salariés fin 2005, mais la fusion «devrait se traduire par une réduction d'environ 10 pc de l'effectif global», ont précisé les sociétés, soit environ 8 800 personnes. Ces réductions d'effectifs devraient concerner surtout les Etats-Unis, où se trouvent le plus de doublons d'activités, selon des sources proches du dossier.

«Les grands opérateurs téléphoniques se consolident très vite: il est normal que les fournisseurs que nous sommes empruntent la même voie», a expliqué Serge Tchuruk lors d'une conférence téléphonique. Il a aussi rappelé que les deux groupes avaient déjà tenté de fusionner il y a 5 ans.

Les syndicats se sont élevés contre ces projets: la CFDT, majoritaire chez Alcatel, affirme refuser la «logique» de la fusion «qui se fait encore au détriment des emplois».

Aval des autorités

Côté entreprises, la fusion devrait permettre des économies de 1,4 milliard d'euros de coûts par an, surtout les deux premières années. Alcatel et Lucent estiment qu'ils auront ensemble «l'une des plus grandes capacités de recherche-développement dédiée aux communications», grâce à leurs 26 100 chercheurs, notamment dans les Bell Labs.

La nouvelle société, dont le nom sera défini ultérieurement, restera cotée à Paris et New York. La fusion se fera par échange d'actions.

Les opérations nord-américaines seront basées dans le New Jersey où les laboratoires de recherche Bell Labs conserveront leur siège social. Pour contourner les exigences américaines dans les contrats militaires, la société commune créera «une filiale américaine séparée et indépendante qui détiendra les contrats avec les agences gouvernementales américaines» et gérée séparément par un conseil d'administration composée de trois Américains.

Les conséquences éventuelles de la fusion ne sont pas encore connues, a indiqué dimanche un porte-parole d'Alcatel Belgique. «Nous ne sommes pas encore au courant des modalités de la fusion», a déclaré ce porte-parole à l'agence Belga. Alcatel, qui emploie 2 800 personnes en Belgique, y exploite cinq sites à Anvers, Geel, Namur et à Hoboken et Charleroi, deux sites qui dépendent d'Alcatel Alenia Space, spécialisée en technologie spatiale.

Enfin, le projet de fusion devra recevoir l'aval des autorités compétentes, notamment la Commission européenne et l'autorité anti-trust américaine.

D'un autre côté, Alcatel continue de négocier son rapprochement avec le groupe français d'électronique de défense Thales dans le domaine des satellites.

© La Libre Belgique 2006