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Amertume et anxiété à Hélécine (2/5)

Gaëtan de Briey

Publié le - Mis à jour le

Des champs à perte de vue, un club de football, une église et quelques cafés, bienvenue à Hélécine, le village le moins peuplé du Brabant wallon. Le calme ambiant et la disponibilité des 2800 habitants frappent aux premiers regards. Impressions trompeuses: dans de nombreuses familles, l'anniversaire de la faillite de la Sabena rappelle de mauvais souvenirs.

Un bus pour Zaventem

Depuis de nombreuses années, une longue relation d'amour-haine s'est tissée entre Hélécine et la Sabena. À l'origine de ces liens, Emile, ancien réviseur moteur de feu la compagnie aérienne et Hélécinois pur souche. Fort de ses liens privilégiés avec son chef de service, il a placé année après année de nombreux villageois. `Je connaissais à l'avance la liste des questions pouvant être posées lors des tests d'engagement´, affirme-t-il fièrement. `Je les communiquais aux Hélécinois et s'ils réussissaient les tests, j'incitais mon chef de service à les engager. Et comme ils faisaient chaque fois du bon boulot, mon chef me faisait confiance.´ Résultat des courses: à la belle époque, au moins 70 à 80 villageois travaillaient à la Sabena. Un bus spécial passait même par la petite commune pour les conduire à Zaventem.

Pas étonnant, dès lors, que la faillite de l'an dernier fut durement ressentie dans le village. Malgré la mise à la pension d'Emile il y a quelques années, le nombre de `Sabéniens´ y restait important. Suite à la chute de la Sabena, seize Hélécinois sont venus enrichir les rangs des demandeurs d'emploi.

Certains ne souhaitent plus en parler. `Cela m'a fait trop mal, je préfère tourner la page´, confie l'un d'entre eux. D'autres se montrent plus diserts. Patrick Wilputte est de ceux-là. Lui et sa compagne travaillaient pour le service de nettoyage des avions. `J'ai été licencié dès les premiers jours de la faillite. Faut dire que je suis délégué syndical.´ Aujourd'hui, Patrick est toujours sans emploi mais sa situation risque de se modifier sous peu. `Je viens de recevoir une proposition pour travailler à nouveau pour le service cleaning. Mais seulement durant un mi-temps et pour un salaire mensuel d'environ 675 euros. Ma compagne a reçu la même proposition. C'est une somme à peine plus élevée que le montant de nos allocations de chômage.´ Les fins de mois seront donc toujours aussi difficiles. `Nous devons payer le prêt hypothécaire (550 euros), la pension alimentaire (500 euros), le prêt pour la voiture... Faites le compte, il ne nous restera quasiment plus rien pour vivre. Je vais donc être contraint de demander une réduction partielle de ma pension alimentaire. Au détriment de mes enfants. Le jour où le fonds de fermeture nous payera, je rembourserai mes dettes.´ Parce que le fonds de fermeture, en charge de payer les indemnités compensatoires de préavis, n'a toujours rien versé à Patrick. `Ils me doivent depuis un an entre 12500 et 15000 euros, mais je ne vois toujours rien venir.´ Les faibles salaires offerts à Patrick et sa compagne ne vont pas les empêcher d'accepter les deux emplois proposés. `Aujourd'hui, ma santé se détériore. Quand la tête ne va pas, tu n'as plus rien envie de faire. Je ne fais même plus de sport. Moralement, j'ai vraiment besoin de retravailler, de contacts avec des collègues.´ Son licenciement l'a profondément remis en question. `Quand tu as de l'argent, tu mises beaucoup sur le matériel. Maintenant je me rends compte qu'il y a d'autres valeurs. Parfois, quand on voit un clochard dans la rue, on se dit: il le veut bien. Aujourd'hui, j'ai compris qu'on tombe vite dans la misère.´

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© La Libre Belgique 2002

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