Libre Eco week-end | La start-up de la semaine

Santé et numérique n’ont jamais été aussi proches l’un de l’autre depuis l’apparition de la pandémie de Covid-19. Par la distance que le virus et les confinements ont créée entre patients et professionnels de la santé, on a assisté, ces derniers mois, à une accélération du développement d’outils numériques (plateformes en ligne, applications mobiles, objets connectés…) capables de maintenir le contact et de garantir une certaine continuité de soins pour les patients "non-Covid".

Dès la fin mars, plusieurs start-up belges s’étaient manifestées en proposant, gratuitement, des solutions pour faciliter les échanges entre patients et médecins. Andaman7 fut l’une d’elles. Fondée par Vincent Keunen, cette start-up liégeoise a intégré un "module pandémie" à l’application mobile qu’elle développe déjà depuis six ans.

Andaman7 fait office de start-up pionnière, en Belgique, dans le domaine de l’e-santé. M. Keunen, ingénieur en informatique, n’a pas attendu le Covid pour saisir le potentiel du numérique en matière de santé. C’est suite à une expérience familiale douloureuse - en 2007, Vincent Keunen et son fils ont souffert d’un cancer à trois mois d’intervalle - qu’il a réfléchi à une solution capable de remédier, d’une part, au manque de communication entre médecins et, d’autre part, à la (quasi) absence d’implication des patients dans leurs traitements.

Le résultat, c’est Andaman7 : une application mobile permettant au patient de "prendre le contrôle de son dossier médical et d’en partager les informations de façon libre et sécurisée." L’app est centrée sur les patients et téléchargeable gratuitement (sur Google Play ou AppStore). "C’est le patient qui décide avec qui ses informations sont partagées", insiste Vincent Keunen à chaque fois qu’il présente Andaman7. "Aucune donnée n’est stockée dans un cloud. Elles restent sur le smartphone ou la tablette du patient. Et s’il y a un partage, par exemple entre le patient et un hôpital, les données sont cryptées."

Frilosité des hôpitaux belges

Avoir une solution gratuite, performante et qui garantit la protection des données privées ne signifie pas qu’elle est automatiquement adoptée… Surtout s’il est question de santé et que vous êtes en Belgique. Vincent Keunen ne cache pas en effet une certaine amertume à l’égard des acteurs belges de la santé (médecins, hôpitaux, réseaux de soins, autorités publiques…), "qui ne veulent pas partager les données avec leurs patients ou de manière très superficielle." L’entrepreneur a été frapper à de très nombreuses portes. "Un seul hôpital, le CHU de Liège, à accepter de collaborer. Aujourd’hui, plus de 3 000 de leurs patients ont accès, via l’application Andaman7, à un dossier médical actualisé et, à ce jour, nous n’avons connu aucun problème."

L’accueil a été plus favorable à l’étranger. "À titre d’indication, notre solution d’e-santé est l’une des premières, au monde, à être compatible avec 85 % des hôpitaux aux États-Unis (grâce au protocole FHIR, un standard d’interopérabilité, NdlR). Andaman7 est déjà disponible en 22 langues et compte près de 40 000 utilisateurs dans 35 pays", avance Vincent Keunen. L’intégralité des revenus de la start-up (générés à travers des partenariats avec des acteurs de la santé) provient actuellement de l’étranger. À cet égard, la pandémie de Covid a conduit Andaman7 à être sollicitée dans le cadre d’études cliniques. "Nous ne sommes pas fournisseurs de données médicales", insiste M. Keunen. Mais nous pouvons être un fournisseur d’accès à des patients qui utilisent notre application. Nous sommes les seuls à proposer une solution qui combine le dossier médical personnalisé avec un module pour les études cliniques".

Le CEO d’Andaman7 ne désespère toutefois pas de convaincre les acteurs européens de la santé, dont les Belges, de l’utilité d’un outil collaboratif de partage de données avec leurs patients. "Les choses sont en train de bouger, dit-il. Nous sommes d’ailleurs occupés à discuter d’une nouvelle levée de fonds ou de partenariats plus stratégiques pour assurer le déploiement d’Andaman7".

Quelques infos supplémentaires 

Société : La société A7 Software, qui a développé l’app Andaman7, a été créée en novembre 2014 par Vincent Keunen.

Investisseurs : LeanSquare et plusieurs investisseurs privés belges. La start-up a aussi obtenu une avance récupérable de la Région wallonne.

Au total, 5 millions d’euros ont été investis dans Andaman7 depuis 2015.

Site : https://www.andaman7.com

Particularité : Andaman7 a été sélectionnée, en 2019 et 2020, dans deux projets européens (dont l’un sur l’intéropérabilité des systèmes de santé au sein de l’Union européenne).