L'avionneur européen a perdu de l'altitude face au grand rival américain Boeing, même si à quelques jours de Noël, Singapore Airlines et Qantas, deux compagnies de lancement de l'avion géant, lui ont apporté ses premières commandes d'A380 de l'année avec respectivement neuf et huit appareils supplémentaires.

L'atterrissage est d'autant plus brutal qu'Airbus a signé une superbe année 2005 : lors de cet exercice record de l'aéronautique civile, il est resté numéro un mondial avec 1 055 commandes devant le groupe de Chicago, et a fait voler pour la première fois l'A380 devant les caméras du monde entier. L'état de grâce ne dure pas. Le 13 juin 2006, l'avionneur prévient que son appareil vedette, destiné à briser le monopole du Boeing 747, accuse d'importants retards de production. Le 14 juin, c'est la descente aux enfers à la Bourse de Paris. En une séance, le titre EADS s'effondre de 26 pc, 5,5 milliards d'euros de capitalisation boursière partent en fumée.

Les clients de l'avion à double pont découvriront plus tard qu'ils seront livrés avec deux ans de retard. La mise en service du plus grand appareil commercial au monde, d'abord programmée au printemps 2006, est repoussée à octobre 2007, et la trésorerie d'EADS s'en trouvera amputée de 6,3 milliards d'euros d'ici à 2010. Plongé dans une crise sans précédent, EADS fait tomber des têtes. Le président d'Airbus, Gustav Humbert, est remplacé par Christian Streiff, ancien de Saint-Gobain. Le même sort est réservé à Noël Forgeard, ex-patron de l'avionneur et co-président d'EADS, soupçonné de délit d'initié pour avoir vendu un gros paquet d'actions quelques semaines avant l'annonce des retards.

La valse des patrons ne s'arrêtera pas là. Cent jours après son arrivée, M. Streiff claque la porte, faute de supporter la tutelle d'EADS. Il est remplacé le 9 octobre par Louis Gallois, ex-patron de la SNCF et d'Aérospatiale, déjà co-président français d'EADS depuis juillet. Pour la première fois depuis 2001, Boeing reprend la tête de la course mondiale aux commandes. A la mi-décembre, il en affiche 865, tandis que son rival européen atteint 694 après les cadeaux de Noël de Singapore et Qantas. L'Américain doit notamment ce rebond au succès du futur long-courrier 787" Dreamliner", dont les compagnies aériennes raffolent. Pour Airbus, il est urgent de contre-attaquer sur ce créneau qui pèse 40 pc de la valeur du marché mondial. Après s'être contenté de proposer une version améliorée de son bi-réacteur A330, Airbus présente en juillet un tout nouveau projet, l'A350XWB. Dans un contexte financier tendu, les actionnaires d'EADS hésiteront encore plusieurs mois avant d'autoriser, le 1er décembre, le lancement de ce programme de 10 milliards d'euros. Le nouvel appareil sera mis en service en 2013, cinq ans après le 787. Décidé à restaurer la crédibilité de l'avionneur, Louis Gallois, promet malgré tout qu'"Airbus est de retour". Il compte s'appuyer sur un plan de redressement, "Power 8", prévoyant des suppressions d'effectifs et une réorganisation industrielle, qui doivent faire économiser deux milliards d'euros par an à partir de 2010.