Anvers à la trappe

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P.D.-D.

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Anvers à la trappe
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Le couperet est donc tombé, sans réelle surprise : l’usine Opel d’Anvers, qui emploie 2 606 personnes, fermera ses portes, probablement vers la fin juin. "Nous devions fermer une usine, et c’est Anvers", a commenté Nick Reilly, le patron d’Opel, en présentant l’acte de décès du centre de production belge, emportée corps et âme dans le plan de restructuration de la filiale européenne du constructeur américain General Motors.

Pour Nick Reilly, une telle décision est tout simplement indispensable pour assurer la survie du groupe Opel alors que la crise frappe lourdement l’industrie automobile : les ventes en Europe devraient chuter de 4 millions en 2010 par rapport à l’année record de 2007.

Opel a donc une surcapacité de production de quelque 20 % ou 350 000 véhicules, ce qui n’est pas tenable, selon son patron. Elle doit donc être réduite. Et c’est Anvers qui en fera les frais, douloureusement : 2 600 emplois y seront supprimés sur un total de 8 000 licenciements pour l’ensemble des sites européens d’Opel (dont 4 000 en Allemagne). Ce sera, aussi, la seule usine à fermer.

Pourtant, l’entreprise et ses travailleurs n’ont pas démérité. Loin de là. "Les employés ont toujours fait un excellent travail en produisant des voitures de grande qualité", a même reconnu Nick Reilly.

Mais voilà, Anvers a la malchance d’être un site que l’on peut facilement rayer de la carte. Le modèle Astra, assemblé à Anvers, est en bout de course. Transférer des chaînes de montage d’autres usines vers Anvers aurait été "très coûteux", selon Nick Reilly.

Et la production de petits véhicules tout-terrains (SUV) promise à Anvers voilà trois ans, qui aurait limité la casse sociale, se fera finalement en Corée. "Il y a trois ans, il y avait la volonté de continuer à assembler à Anvers. Mais il faut faire face à la réalité", a expliqué Nick Reilly. Et la réalité, c’est une baisse de la demande de ce type de véhicules et de la nécessité d’en produire autant que prévu. L’usine coréenne de GM aura la capacité suffisante pour faire face à la demande attendue. "C’est plus économique pour nous de le construire là-bas. Nous ne pouvons nous permettre de doubler cette ligne de production", a-t-il justifié.

Le patron d’Opel assure avoir analysé "différentes alternatives" pour le site d’Anvers. La conclusion est d’une totale froideur : le site d’Anvers passera à la trappe dans quelques mois.

Les syndicats espèrent encore pouvoir éviter le pire. "Nous restons ouverts pour discuter de toutes les alternatives possibles", a expliqué Rudi Kennes (FGTB).

Les discussions entre direction et syndicats doivent d’ailleurs porter, dans un premier temps, sur l’opportunité de fermer ou non l’usine d’Anvers. La direction se déclare certes ouverte à toute suggestion. Mais comme elle affirme dans le même souffle avoir fait le tour de toutes possibilités et n’avoir trouvé aucune alternative viable, l’espoir est bien ténu.

Les syndicats belges pourront compter sur leurs collègues d’autres pays, eux aussi opposés à la fermeture d’Anvers. Le président du conseil d’entreprise européen d’Opel sera d’ailleurs mardi à Anvers pour rencontrer le personnel.

Les politiques vont aussi se mobiliser. Le ministre-président flamand Kris Peeters rencontrera ce vendredi les partenaires sociaux flamands afin d’étudier les mesures qui pourront être prises. Il doit aussi avoir un entretien avec Nick Reilly.

Un Nick Reilly qui pense, lui, déjà à l’après-Opel à Anvers. Lors de sa conférence de presse, il a clairement indiqué espérer "trouver un investisseur", pour le site d’Anvers, "un site de première qualité". Opel se déclare aussi disposé à apporter tout son soutien afin de faciliter la reconversion des travailleurs, via des programmes de formation. Selon la FGTB, le plan de fermeture pourrait coûter un milliard à Opel.

Les discussions s’annoncent longues et ardues. D’ici-là, Nick Reilly espère bien que la production se poursuivra à Anvers. C’est le cas actuellement. Malgré l’amertume de milliers de travailleurs qui ont tout fait pour qu’Anvers survive. En vain.

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