Éclairage

La Flandre est sous le coup. Même si, depuis de nombreux mois, le scepticisme dominait dans l’opinion flamande quant à un avenir prospère pour Opel à Anvers, c’est une véritable douche écossaise qui s’est abattue jeudi matin sur le nord de la Belgique.

Parce que 2 600 emplois directs et 10 000 jobs indirects risquent de passer à la trappe mais aussi parce que le crise se situe à Anvers, métropole flamande considérée depuis toujours, au propre comme au figuré, comme une porte ouverte de la région sur le monde et comme une vitrine de l’économie régionale. Ce n’est pas un hasard si le gouverneur Cathy Berx a comparé la fermeture de l’usine d’automobiles à "un tsunami pour Anvers"

Mais c’est sans nul doute la présidente du CD & V, Marianne Thyssen, qui a le mieux résumé l’état d’esprit dominant : "c’est une journée noire pour la Flandre et pour Anvers" tout en lançant un appel à surtout ne pas verser dans le fatalisme.

Comme elle l’avait - déjà - dit à la réception de l’an du parti chrétien-démocrate, le week-end dernier, "il est plus que temps d’investir dans un renforcement structurel de notre économie et cela, avec la collaboration de tous les partenaires sociaux".

Un message rejoint d’une certaine manière par l’Open VLD, qui dans sa réaction à la fermeture explique que "l’événement doit également inciter les décideurs de ce pays dans les jours et les semaines qui viennent à se demander quelles sont les mesures à prendre pour renforcer la position concurrentielle de la Belgique". L’on ne peut cependant pas accuser le gouvernement flamand de ne pas avoir tout mis en œuvre pour sauver ce qui pouvait encore l’être.

Que l’on se souvienne du déplacement de Kris Peeters et de certains de ses ministres à Detroit au cœur du sanctuaire de General Motors, sous la législature précédente et les différentes autres démarches entreprises depuis le changement d’équipe régionale de l’été dernier.

Sans parler des plans et autres groupes de travail mis sur pied pour la circonstance. Mais l’opposition incarnée par la Lijst Dedecker se demande quand même si on n’a pas fait miroiter trop d’espoirs chez Opel, rappelant par ailleurs que, depuis 1999, l’entreprise a bénéficié de 23 millions d’euros d’aides publiques.

Avec, aussi, à la clé, un plaidoyer afin que "le gouvernement flamand investisse d’urgence dans des mesures structurelles en diminuant d’une part drastiquement les charges du travail et surtout d’autre part en investissant massivement dans la recherche et l’innovation qui sont quand même les fondements de la nouvelle économie".

Avec quand même un bémol : le monde politique doit avouer son impuissance face aux grandes entreprises même lorsqu’elles ont (encore) des racines belges comme AB-InBev, comme le rappelle l’autre dossier social chaud du moment, là tant au nord qu’au sud de la frontière linguistique qui vient, lui, d’être suspendu. Aussi, la solidarité exprimée jeudi tant par le gouvernement bruxellois que le gouvernement wallon va bien au-delà de la réaction de sympathie

Sur un plan global, la fermeture d’Opel est aussi une catastrophe pour l’économie flamande en général. Comme le précisait dans nos colonnes à la fin de l’année dernière, Ivan Van de Cloot, cet économiste à l’Itinera Institute, un "thinktank" belge indépendant, les indicateurs ne sont pas très positifs avec une chute du commerce dans la Région flamande.

Par ailleurs, si la consommation reste stable, parce que même en temps de crise, on continue à s’alimenter et à s’équiper, l’on ne perçoit nulle reprise du dégré d’utilisation des capacités de production. On est toujours à des taux inférieurs de 25-30 % à la normale, en Flandre comme en Wallonie d’ailleurs. Plutôt ennuyeux quand on sait que c’est un secteur précurseur de l’activité économique : car avant d’investir certaines industries doivent acheter de nouveaux biens de production.

A cela s’ajoute une progression plus rapide du chômage en Flandre qu’en Wallonie et à Bruxelles. Ivan Van de Cloot constatait ainsi qu’on recensait près de 40 000 chômeurs en plus sur un an en Flandre, alors que dans les deux autres régions, la hausse du nombre de demandeurs d’emploi était moins importante. En pourcentages, ces hausses annuelles sont encore plus spectaculaires : de 20 à 25 % en Flandre pour environ 10 % à Bruxelles et 5 % en Wallonie. Et encore, ces chiffres ne tenaient pas compte du chômage temporaire

Pour l’économiste, ces fortes différences seraient surtout dues à la nature plus cyclique de l’économie flamande. Dès que la croissance chute, l’activité est plus affectée en Flandre, et la variation du chômage y est plus forte; et inversément quand la croissance redémarre. Par ailleurs, le chômage structurel est beaucoup plus réduit en Flandre qu’en Wallonie et à Bruxelles.

Tout ceci amène à conclure que la Flandre subit la crise avec la même intensité que les autres régions.

Et les appels entendus jeudi à la Chambre sur les bancs nationalistes pour approfondir maintenant la fédéralisation de manière radicale tombent un peu à plat.