L'éviction de son directeur général Hiroto Saikawa représente un nouveau pas en avant pour Nissan après l'ère Carlos Ghosn, mais aussi un saut dans l'inconnu, alors que les chantiers du constructeur automobile japonais, très fragilisé, restent immenses.

Le casse-tête de la succession

Pour des raisons de crédibilité, Nissan a poussé plus tôt que prévu vers la sortie M. Saikawa, rattrapé par une affaire de prime qu'il avait délibérément perçue de façon illégitime en 2013, du temps où Carlos Ghosn dirigeait le groupe.

Dans l'immédiat, Yasuhiro Yamauchi, l'actuel directeur opérationnel du groupe, va assurer l'intérim à compter de lundi prochain, et le conseil espère trouver un nouvel homme fort d'ici à fin octobre.

Lundi soir, le responsable du comité des nominations chez Nissan, Masakazu Toyoda, a décrit le profil idéal: quelqu'un de "charismatique" et capable d'"inspirer" les salariés de Nissan, déboussolés par les scandales à répétition éclaboussant leurs dirigeants.

Mais aussi un spécialiste de l'industrie automobile, avec une "profonde connaissance" des alliances, a ajouté M. Toyoda.

"Il n'y a pas de remplaçant évident" de M. Saikawa, résume une source proche du dossier interrogée par l'AFP. Agé de 63 ans, M. Yamauchi ne correspond guère au "sang neuf" dont Nissan a besoin, et d'ailleurs lui-même "ne souhaite pas" prendre la relève, ajoute cette même source.

Le conseil examine une dizaine de candidatures, en interne comme à l'externe. "Un Japonais serait l'idéal", confie la source interrogée par l'AFP, mais cela n'a rien d'évident dans un pays où les talents ne sont généralement pas préparés à monter au sommet de la hiérarchie avant un certain âge.

Un coup de balai inachevé

De son audit interne lancé dans la foulée de l'arrestation et de l'inculpation de Carlos Ghosn au Japon fin 2018, Nissan n'a dévoilé lundi qu'un résumé partiel.

Les conclusions insistent lourdement sur la responsabilité de M. Ghosn et de son ancien bras droit Greg Kelly, accusés de "malversations" diverses avoisinant 35 milliards de yens au total (près de 300 millions d'euros). Cependant le préjudice réel de Nissan est de facto très inférieur, puisqu'une partie correspond à des revenus différés non payés à l'intéressé.

"M. Ghosn va continuer de se battre farouchement contre les allégations sans fondement de Nissan", a réagi dans un communiqué l'un de ses avocats.

Outre M. Ghosn, M. Kelly et M. Saikawa, six autres hauts responsables de Nissan, toujours en activité pour certains, ont également touché des primes indues par le passé, selon le rapport, qui omet toutefois de livrer leur nom.

Car ces autres responsables auraient bénéficié "à leur insu" des pratiques "inappropriées" mises en place par M. Ghosn et M. Kelly, selon Nissan, qui veut se contenter de demander à ces personnes de rembourser les sommes injustement perçues.

Certains membres du conseil ont plaidé pour que l'enquête interne continue, selon la source interrogée par l'AFP, sans qu'il soit certain que cette initiative aboutisse.

C'est ce sentiment d'inachevé qui aurait notamment décidé la responsable de l'audit interne, la juriste américaine Christina Murray, à claquer la porte de Nissan, glisse cette même source.

Une alliance avec Renault à réinventer

Le futur patron de Nissan aura la lourde tâche de redresser un groupe exsangue: ses bénéfices se sont effondrés au premier trimestre de son exercice 2019/2020, tombant à leur plus bas niveau depuis la crise mondiale de 2008-2009.

Le constructeur invoque l'essoufflement du marché automobile mondial, mais il souffre aussi du manque de renouvellement de ses modèles et d'une image ternie par les scandales.

Il fait aussi les frais d'une sévère cure d'amaigrissement engagée par M. Saikawa, à rebours de la course aux volumes menée du temps de Carlos Ghosn. Le groupe compte notamment baisser ses capacités de production mondiales de 10% d'ici 2023, impliquant de supprimer 12.500 emplois dans ses usines hors Japon.

Nissan s'efforce aussi de refonder son alliance avec Renault, mise à mal depuis l'éviction de Carlos Ghosn, qui était la clé de voûte de l'édifice.

Des "hypothèses de travail" existent pour faire évoluer les participations croisées entre les deux groupes, mais "la priorité est à l'industriel", selon une autre source interrogée par l'AFP.

Nissan souhaiterait que Renault réduise sa part dans son capital, qui est actuellement de 43%, tandis que le constructeur japonais possède 15% du constructeur tricolore. L'Etat français détient par ailleurs 15% de Renault, ce qui complique la donne.