Correspondante aux États-Unis

Ironie du calendrier, l’annonce hier de la fermeture d’Opel Anvers est tombée en plein salon de l’automobile à Bruxelles, mais aussi à Detroit. Moins moroses que l’année dernière, les professionnels du secteur veulent croire qu’il y a de la lumière au bout du tunnel. Mais si lumière il y a, celle-ci viendra du marché américain, et pas d’Europe. C’est la raison pour laquelle la fermeture d’Opel Anvers n’a surpris personne outre-Atlantique.

"C’est exactement ce qui était prévu", souligne Bernard Swiecki, chercheur au Centre pour la recherche automobile (CAR), à Detroit. Un rachat d’Opel par l’équipementier canadien Magna, dont il avait été sérieusement question, n’y aurait rien changé. "Quel que fut le propriétaire d’Opel, il ne fait aucun doute que la compagnie devait passer par une phase sérieuse de restructuration, ce qui inclut la fermeture d’usines", poursuit l’expert.

Le sort d’Opel a aussi pâti en partie des tractations politiques de l’Allemagne avec General Motors. Aux Etats-Unis, ce remaniement apparaît inévitable, comme une suite logique à la longue cure d’amaigrissement de General Motors. "C’est la version européenne des problèmes que GM connaît aux Etats-Unis. Il y a tout simplement trop d’usines, trop de moyens, et trop d’employés. GM n’a pas d’autre choix que de freiner ses activités pour refléter ses parts de marchés et ses revenus", souligne M. Swiecki. Une dure réalité économique ressentie depuis des années par les employés américains de GM. "Aux Etats-Unis, le constructeur a fermé beaucoup de sites, et beaucoup de gens ont été licenciés. Ce que GM a dû faire ici se passe maintenant en Europe".

Restructurée par le tribunal des faillites cet été, GM est aujourd’hui sur le chemin de la reprise, même si celle-ci s’annonce fragile. Une reprise qui viendra principalement de son marché domestique. "Le constructeur compte sur le fait que le marché américain de l’automobile devrait fortement se redresser dans les prochaines années. Ce qui n’est pas le cas de l’Europe où il devrait rester stagnant", souligne Bernard Swiecki.

Délestée de ses dettes envers ses créanciers et de ses marques les moins rentables, GM renoue avec l’optimisme. Le géant de Detroit avait reçu 50 milliards de dollars du gouvernement en 2009 pour être sauvé du sinistre total. L’Etat américain est désormais propriétaire à 60 % du constructeur automobile.

Après une année catastrophique, les progrès sont tangibles. Avec une nouvelle équipe de direction, la compagnie génère à nouveau des liquidités. La production est davantage en phase avec la demande. L’aide du gouvernement lui permet d’investir dans la recherche et le développement. "Le nouveau business modèle semble fonctionner", souligne Bill Vlasic, le journaliste du New York Times spécialiste du domaine. Les ventes de GM étaient en hausse de 2 % en décembre. Il y a une semaine, son nouveau directeur général, Edward E. Whitacre, a fait savoir lors d’une conférence de presse que GM sortirait probablement du rouge cette année. Interrogé pour savoir si le constructeur afficherait un profit en 2010, M. Whitacre a répondu : "Je l’espère. Ma prédiction est que ce sera le cas". Le géant de Detroit a même annoncé qu’il rembourserait 6,7 milliards de dollars d’aides publiques d’ici juin. Une introduction en Bourse est possible d’ici la fin de l’année. Cette remise en forme drastique ne s’est pas faite sans douleur. Aux Etats-Unis, les syndicats ont dû faire des concessions majeures sur les heures de travail et les avantages sociaux. Des usines ont été mises au chômage technique. "Nous n’avons jamais vu une pareille réduction des coûts", souligne David Cole, président de CAR. Un mal nécessaire, sans doute, pour créer les voitures de demain.