Le sidérurgiste européen Arcelor va redistribuer largement à ses actionnaires un bénéfice net record afin d’éviter que ces derniers ne cèdent aux charmes déployés par son concurrent Mittal Steel.

Le numéro deux mondial Arcelor, cible depuis le 27 janvier d’une offre d’achat hostile du numéro un Mittal, a annoncé jeudi qu’il allait pratiquement doubler le dividende verser à ses actionnaires.

Cette année, les actionnaires, pour peu qu’ils gardent leurs actions Arcelor d’ici au 26 mai, vont empocher 1,20 euro pour chaque titre en portefeuille, contre seulement 0,65 euro l’an dernier.

Arcelor peut se permettre cette largesse grâce à un bénéfice net 2005 record de 3,846 milliards d’euros, en hausse de 66% sur un an.

Dans le même temps, Mittal a lui subi une baisse de 28% de son profit annuel à 3,365 milliards de dollars.

Visé par une spectaculaire OPA de son rival, Arcelor a réaffirmé que cette offre (à 75 pc en échange d’actions) le «sous évaluait fortement». Le groupe européen a, seul, «des perspectives excellentes de développement et de création de valeur», a estimé son PDG Guy Dollé.

Le conseil d’administration du groupe franco-hispano-luxembourgeois a rejeté fin janvier l’offensive de Mittal et Arcelor bataille depuis pour convaincre ses actionnaires que la proposition de Mittal serait une catastrophe pour eux.

Le patron d’Arcelor a estimé que ces «fantastiques résultats» apportaient la preuve de «l’efficacité du modèle» de son groupe.

Le groupe franco-hispano-luxembourgeois s’est également montré optimiste pour 2006 à la fois pour ses propres performances et pour l’industrie sidérurgique dans son ensemble.

2006 devrait être une «très bonne année» pour Arcelor et pour l’industrie de l’acier en général dont la croissance de la production devrait atteindre 7 pc, a-t-il dit.

M. Dollé s’est aussi déclaré «totalement convaincu» que son groupe sera en mesure de réaliser de «tels résultats» cette année.

De plus, le bas niveau des stocks sidérurgiques est un «environnement propice» à la hausse des prix des produits d’acier.

Depuis le lancement de l’offensive du numéro un mondial de l’acier sur le numéro deux, Mittal et Arcelor ont engagé une bataille rangée pour ce qui pourrait être la plus grosse fusion dans l’histoire de la sidérurgie.

Les deux groupes se sont plus affrontés sur le terrain politique et social que financier même si les deux s’accordent à dire que le dernier mot reviendra aux actionnaires.

Le patron de Mittal Steel, le richissime homme d’affaires indien Lakshmi Mittal, a conduit une campagne de charme dans toute l’Europe pour convaincre actionnaires et responsables politiques du bien fondé de son raid.

Il répète inlassablement vouloir bâtir un «champion global européen» capable de produire plus de 100 millions de tonnes d’acier par an et distancer ainsi ses concurrents, asiatiques notamment, dans un marché mondial de la sidérurgie très éclaté et en plein boom.

En face, Arcelor a sorti l’artillerie lourde pour décourager son rival afin d’empêcher que ses actionnaires (85 pc de son capital est en Bourse) ne vendent leurs titres à Mittal.

Pour l’instant, Arcelor n’a pas été plus disert sur les moyens concrets de contrer son concurrent. Il a exclu de faire appel à un chevalier blanc, comme le japonais Nippon Steel.

M. Dollé avait tout de même suggéré qu’en continuant à faire des acquisitions, comme Arcelor le fait actuellement en rachetant le canadien Dofasco, il pourrait dissuader son prédateur de l’avaler.