Les actionnaires d'Arcelor se prononceront ce jeudi 30 juin, en Assemblée générale extraordinaire, sur l'accord négocié avec le Russe Alexeï Mordashov. Ce rapprochement faisait partie de la stratégie de défense du groupe contre l'OPA de Mittal et pour éviter qu'il ne soit refoulé par les actionnaires, les dirigeants avaient mis la barre très haut: l'accord avec Severstal ne sera tué dans l'oeuf que si des actionnaires représentant 50 pc du capital d'Arcelor s'y opposent.

Mais depuis le 25 janvier, les choses ont radicalement changé, après d'âpres discussions, le conseil d'administration d'Arcelor a fini par accepter l'offre améliorée de Mittal (elle est aussi mise à l'examen ce vendredi, mais sans vote). Que devient l'accord Severstal? Si le seuil des 50 pc est atteint dans son rejet, Arcelor aura le droit de rompre le pacte, mais qu'advient-il des 140 millions d'euros d'indemnités de rupture prévu dans le pacte? «Nous respecterons nos obligations contractuelles», dit-on chez Arcelor. Mais si les opposants à l'option Severstal n'atteignent pas le seuil des 50 pc, «l'accord est considéré comme accepté par les actionnaires». Arcelor devra, à cet effet, émettre 295 millions d'actions nouvelles exclusivement réservées à M. Mordashov, ce qui garantit son entrée dans le groupe à concurrence de 32 pc.

En contrepartie, celui-ci devrait apporter tous ses intérêts économiques dans les activités sidérurgiques, ses mines de fer et de charbon ainsi qu'un cash de 1,25 milliard d'euros. Quelle sera l'attitude de Mittal dans ce cas de figure? Mystère. Les anciens opposants à l'option Severstal espèrent que les actionnaires se prononceront massivement contre celle-ci pour délier Arcelor de ses obligations contractuelles. Mais conformément à l'accord signé avec Severstal, Arcelor doit payer les 140 millions d'euros quels que soient les cas de figure. L'ardoise peut même gonfler. «Vu le nombre d'avocats et de banques d'affaires qui travaillent pour eux, je ne comprends pas comment les dirigeants ont pu mettre les actionnaires et la société dans cette situation. Le danger, c'est que les actionnaires ne se prononcent pas massivement, croyant qu'à partir du moment où le conseil a recommandé la fusion avec Mittal, l'option Severstal tombe d'elle-même», dit Colette Neuville, présidente de l'Association de défense des actionnaires minoritaires (Adam). Severstal et son PDG entretiennent le suspense, laissant la porte ouverte à des spéculations sur une éventuelle offre améliorée sur Arcelor. Les autorités luxembourgeoise, française, belge et espagnole en charge du contrôle des marchés sur lesquels le titre Arcelor est coté, leur ont demandé jeudi de «clarifier publiquement leurs intentions vis-à-vis d'Arcelor, en termes précis et dans les plus brefs délais».

© La Libre Belgique 2006