Après avoir patienté plus de deux heures, les syndicats représentant le personnel d'ArcelorMittal ont eu un contact avec la direction de l'entreprise jeudi en fin de matinée.

Elle propose de délocaliser la réunion, mais le front commun refuse de quitter la région liégeoise.

"Ils veullent tenir le conseil d'entreprise extraordinaire au Groupement de la sidérurgie à Bruxelles, à 14 heures", a précisé David Camerini (CSC) à l'agence Belga. "Il n'en est pas question. Cela doit se passer au Centre acier de Flémalle, ou à tout le moins dans la région liégeoise".

La direction d'ArcelorMittal avait programmé un conseil d'entreprise extraordinaire pour évoquer le lancement d'une procédure Renault jeudi à 9 heures, à Flémalle. Elle a annulé la réunion, estimant que les conditions de sécurité n'étaient pas remplies vu la présence de plusieurs centaines de travailleurs sur le site.

Marcourt : ArcelorMittal "n'a pas fait sa part du travail

La sidérurgie est un élément "structurant de l'économie wallone", déclarait ce matin Jean-claude Marcourt. Et bien que le Plan Marchal (2004) ait tenté de diminuer cette dépendance, le suppression de la phase à chaud chez ArcelorMittal porte un coup à la production d'acier en région Wallone.

La phase à chaud de la sidérurgie liégeoise reste viable si un industriel consent les investissements nécessaires, a assuré jeudi matin le ministre wallon de l'Economie, Jean-Claude Marcourt, sur les ondes de La Première (RTBF).

La phase à chaud n'a plus connu d'investissements industriels depuis 2003, mais ce n'est pas dû aux travailleurs, qui eux ont réduit de plus de moitié le différentiel de compétitivité, a souligné le ministre socialiste. ArcelorMittal, de son côté, "n'a pas fait sa part du travail, mais si un industriel repreneur le faisait, ce serait viable".

A ses yeux, la sidérurgie reste un secteur "structurant" à défendre en Wallonie, pour autant que l'on se concentre sur des produits de très haute technologie. "La galvanisation, le revêtement sous vide ont été inventés à Liège", rappelle M. Marcourt.

Avec ArcelorMittal, "le chaud à Liège est fini", si le géant de la sidérurgie n'a pas de volonté de collaborer pour trouver une solution. Jean-Claude Marcourt craint qu'au cas où un repreneur se présente, ArcelorMittal ne cède pas l'outil. "Ce n'est pas dans leur tradition de vendre". Quid des autrespôles: la recherche et le développement, dans les années à venir?

Le ton se fait alors plus menaçant: "s'ils ne cèdent pas l'outil, nous exigerons le démantèlement, la remise en état et la dépollution du site, ce qui coûtera très cher; ils ne laisseront pas un chancre industriel au milieu de Liège".

Le ministre liégeois condamne le "cynisme" d'un monde ultra-libéral, voyant les mêmes réflexes dans les secteurs de la sidérurgie que dans le système bancaire. Il y avait un accord social de réengagement alors que le directeur général du pôle liégeois, Joao Felix Da Silva, "savait qu'il allait annoncer la fermeture le surlendemain".

Jean-Claude Marcourt dénombre quelque 580 personnes sous contrat avec ArcelorMittal à Liège, un peu moins de 300 liées à des sous-traitants, ainsi que des "centaines d'emplois indirects", soit un total de 1.500 à 2.000 personnes touchées de près ou de loin.

Toutefois, les sous-traitants ont déjà pris en compte l'impact de l'arrêt des activités de la ligne à chaud dans leur personnel, fait-il remarquer. Le ministre se dit aussi inquiet pour les pôles du froid et de la recherche et développement. "La confiance est totalement rompue. Le gouvernement attend maintenant des signes précis", a-t-il dit, peu avant une réunion de gouvernement prévue de longue date à Namur et une conférence de presse programmée à 11 heures.

Jean-Claude Marcourt souligne qu'ArcelorMittal n'a pas reçu "un franc" de la Région wallonne, puisque les quotas de CO2 promis étaient liés à la relance de la ligne liquide. Il a aussi appelé les travailleurs à éviter tout débordement violent.

Jean-Claude Marcourt a pointé l'absence de politique industrielle au niveau européen. Alors que l'on n'a jamais consommé autant d'acier dans le monde, les bassins européens que sont Liège et le nord de la France voient leurs outils fermés.

Un conseil d'entreprise extraordinaire est prévu à 9 heures en région liégeoise.