Depuis la fermeture de la phase à chaud et du train à large bande, le bassin sidérurgique liégeois doit compter sur les sites ArcelorMittal de Dunkerque et de Sidmar pour s’approvisionner en coils. Et il semble que depuis le 1er janvier 2013, les retards de livraison sont très importants.

Un vent favorable nous a fait parvenir des documents internes à l’entreprise, détaillant ces gros problèmes d’approvisionnement. On y apprend que Dunkerque, qui livre 73 % des bobines d’acier traitées à Liège, accuse, au lundi 18 mars, un retard de 27 600 tonnes. Le site de Sidmar (Gand), fournissant le reste, doit encore en livrer plus de 4 000 tonnes.

Ces chiffres, comparés aux moyennes des retards causés par Dunkerque et constatés les années précédentes, sont énormes. En 2009, le retard moyen était de 7 900 tonnes. En 2012, il tombe à 5 600, pour donc monter en flèche cette année.

Sur ces documents, on peut lire qu’Eurogal et le Recuit continu de Kessales, deux lignes du froid considérées comme stratégiques par Mittal, sont "les filières les plus impactées" par ces retards. Retards qui ne reviendraient à un niveau acceptable qu’à la fin du mois d’avril.

Mise à l’arrêt forcé

De source syndicale, on affirme que la direction liégeoise se justifie auprès des clients de Liège en avançant de difficiles conditions climatiques hivernales et des problèmes de productivité des travailleurs liégeois. Elle négligerait d’expliquer les "vraies" raisons, à savoir ces problèmes d’approvisionnement de site à site. Et on soutient que le site d’Eurogal doit, de ce fait, être parfois mis à l’arrêt pendant deux jours.

Contactée, la direction donne sa version des faits. "Ces retards sont honorables par rapport à ce que connaissent nos concurrents et ils représentent moins d’une semaine de production à Liège", déclare la porte-parole Sabine Huc. "Ils s’expliquent par le fait que la sidérurgie est une chaîne de production complexe, par des problèmes d’aiguillages de train gelés, quelques grèves dans les transports mais aussi les grèves à Liège, qui nous ont décidés à arrêter le flux d’alimentation des trains, ce qui peut prendre des semaines à être résorbé."

La direction fait état d’un stock de coils "suffisant pour travailler correctement, qui a été constitué et même dopé suite à l’inquiétude de nos clients face aux grèves à répétition". Elle nie farouchement une "volonté du groupe Mittal de nuire à Liège". Et de marteler que "tout un service se bat pour résorber ces retards". Pas de quoi rassurer les syndicats qui croient plutôt à une manœuvre délibérée de sabotage.