Au niveau mondial, on estime qu’un milliard de femmes participent à la force de travail. Elles influencent 64 % des achats dans une large sphère de l’économie. Les femmes sont les principaux agents de consommation dans l’économie et aussi des épargnantes de premier ordre.

Le Boston Consulting Group (BCG) a réalisé en 2009 et 2010 différentes études sur le comportement des femmes en matière de revenus et d’habitudes de consommation. Dans ce cadre, 12 000 femmes dans 21 pays et de diverses classes sociales ont été sondées sur différents aspects de leur vie. Selon cette étude, il s’avère qu’une majorité de femmes avouent être insatisfaites des services fournis par certains grands secteurs de l’économie dont les services financiers, les biens électroniques, les biens de consommation durables et du secteur de la santé.

La grande déception

A titre d’exemple, dans le domaine des investissements, 73 % disent être mécontentes du niveau de service reçu et 71 % sont insatisfaites de l’offre de produits. Dans le domaine des assurances, ces chiffres sont respectivement de 75 et 74 % et de 64 et 62 % en ce qui concerne les cartes de crédit. Selon une autre étude menée par ce cabinet de consultants, il s’avère que la moitié des femmes sondées déclarent que leur gestionnaire de fortune pourrait réaliser un meilleur travail en rencontrant davantage leurs souhaits.

Beaucoup de gestionnaires considèrent les femmes comme un groupe discret mais important. Ils ne développent pourtant que des stratégies superficielles pour les satisfaire. Evidemment, les responsables d’organismes financiers répondront que les besoins des femmes en matière de produits ne sont pas drastiquement différents de ceux des hommes et qu’ils ne doivent donc pas dépenser du temps et des ressources à imaginer des solutions spécifiques à la gent féminine.

Mais ces arguments semblent contredire ce que pensent les femmes d’après l’étude menée par le BCG. "Dans la plupart des ménages, les femmes traitent les affaires financières et la majorité d’entre elles n’aiment pas çà. Les produits financiers sont difficiles à appréhender et sont compliqués. Les conseillers financiers sont principalement des hommes. Les femmes payent typiquement plus que les hommes pour leurs assurances et leur pension n’est pas aussi intéressante que celle des hommes" , note l’étude du BCG. En réalité, il s’agirait plutôt d’une opportunité à saisir pour les organismes financiers. "Ils pourraient offrir des services et des produits spécialement conçus pour le style de vie des femmes, dépoussiérer et réadapter leurs forces de vente, et offrir plus d’information et d’éducation aux femmes. En agissant de la sorte, ils pourraient construire un esprit de communauté qui conduirait à une meilleure et plus profitable relation qui pourrait aussi passer d’une génération à l’autre, de mère en fille" , estime cette étude du BCG.

Une clientèle peu homogène

C’est donc une réinvention de l’approche aux clientes qui devrait être entamée. En Belgique, comme dans d’autres pays développés, la gestion des affaires financières est quelque chose de relativement nouveau pour les femmes. En 1969, la loi sur les contrats de travail interdira aux employeurs de renvoyer les femmes pour cause de grossesse ou de mariage et ce n’est qu’en 1976 que les femmes ont obtenu la permission d’ouvrir un compte en banque sans l’autorisation de leur conjoint.

Les femmes ont rejoint le monde professionnel et ont dû s’habituer à gérer un patrimoine. Ce patrimoine est de plus en plus souvent issu de leur activité professionnelle, même si la Belgique, petit pays, n’est pas, à proprement parler, une terre de success story au féminin. Sur le terrain, la réalité est assez nuancée et la clientèle féminine n’est pas du tout homogène. Isabelle de Laminne